Photos : page de
photos 9-4
Vallées
de La Gela, de Saux, de Badet et du rio Pinara : les
mines de La Géla
En haut, cartes situant et
détaillant les mines de La Géla, dans le vallon descendant du
Port Vieux vers le grand replat de la vallée de La Géla.
En bas, PHOTO de la plate-forme
regroupant des bâtiments et des installations techniques, à 2010
m d'altitude, au-dessous des principaux sites d'extraction du minerai. De
l'autre côté de la petite gorge où coule le torrent qui
descend du Port Vieux, on voit les lacets du chemin du Port Vieux. En haut
et à gauche de la photo, ensoleillé, le grand replat.
PHOTO du vallon descendant du Port
Vieux dans la vallée de La Géla, prise du sommet du pic de La
Géla, en face.
Les incrustations situent les différents sites répartis
en trois étages :
- en haut (environ 2160 m), les principaux lieux d'extractions
(galeries, tranchées) avec leurs déblais, et des ruines de bâtiments
perchées sur un éperon ;
- en bas (2010 m) la plateforme ;
- entre les deux, un étage intermédiaire où
se situent d'autres galeries. A en croire la carte IGN cet étage était
relié à la plateforme par un câble aérien, sans
doute à une époque tardive de l'exploitation. Des vestiges de
ce qui semble avoir été une conduite d'eau sont visibles entre
une retenue et la plate-forme.
C'étaient des mines de plomb argentifère
principalement, c'est-à-dire de galène
(comme celles du pic Liena), et accessoirement de fer (sidérite, pyrite,
chalcopyrite). Le minerai était donc pourvoyeur de plomb et d'argent.
Les filons sont enchassés dans des schistes ardoisiers ordoviciens,
entre deux failles distantes de 100 m.
Ces mines ont une longue histoire (note
1). Elles ont peut-être été exploitées
déjà par les romains. Dès le XVe siècle, du fer
était extrait dans le val de La Géla. Elle sont signalées
(sous le nom At-Géla) dans un inventaire des gîtes métallifères
pyrénéens au XVIIe siècle (par Jean de Malus en 1600),
époque où existait une forge au confluent des Nestes d'Aure
et du Moudang, travaillant le fer (voir la carte
de Roussel).
Entre 1755 et 1912 leur exploitation
a été sporadique. C'est au milieu du XIXe siècle qu'elle
a été le plus active. Plusieurs concessionnaires différents,
industriels ou affairistes, se sont succédés (note
3). Le 6 août
1862 les communes de Guchan et Bazus-Aure, propriétaires en indivis
des pâturages (depuis 1495), y autorisent prospection et exploitation
par le célèbre ingénieur Maréchal. Les aménagements
pour le transport et le traitement du minerai ont varié (voir un
exemple ci-dessous). Des avalanches les ont parfois détruits. La
rentabilité s'est souvent avérée inférieure aux
promesses d'une prospection hâtive.
A partir de 1912 l'exploitation (par la société
Penarroya puis la Société des mines de La Géla
aprés la guerre 1914-1918) semble avoir été plus continue,
avec des aménagements plus importants. Sur la plateforme les ruines
datent peut-être de cette époque : ruines de logements et de
ce qui semble avoir été une petite usine de concassage, triage
et lavage, alimentée par une conduite d'eau descendant d'un petit barrage
sur un torrent 200 m au-dessus. Le minerai était descendu dans la vallée
par des tombereaux tirés par des boeufs. L'exploitation de ces mines
s'est arrêtée en 1931, du fait de la chute des cours du plomb
et de l'argent à la fin des années 1920. Quelques centaines
de tonnes de concentré de plomb en auront été extraites.
Dans les années 1920 les ouvriers montaient
travailler aux mines à la fin du printemps et restaient sur place jusqu'à
l'automne (moyennant quelques escapades pour voir leurs familles), dans des
baraquements avec dortoirs et cantines. Une année, à la fin
du mois d'octobre, lors d'abondantes chutes de neige, une avalanche emporta
ces baraquements, dont la cantine : heureusement les ouvriers, qui travaillaient
aux mines à ce moment-là, ont été épargnés
(note 2).
Il existe au bas de la pente, au bord du grand replat,
vers 1780 m d'altitude, pas loin du petit torrent qui descend du port Vieux,
des pans de mur étagés qui ont été vraisemblablement
ceux d'une ancienne laverie, bâtiment qui implique des plans
étagés (voir la page de photos
consacrée à cette hypothétique laverie). Si
on en croit un document (voir ci-dessous) l'eau nécessaire au
lavage provenait du proche petit torrent qui draine le vallon où sont
exploitées les mines, mais aussi, du moins dans les années 1920,
du déversoir du grand lac de Barroude, capté par une conduite
métallique. Le minerai des mines de La Gela y était peut-être
descendu par un câble aérien. A une période plus ancienne
elle a peut-être été utilisée aussi pour le traitement
du minerai provenant des mines du pic Liena
PHOTOS de l'ensemble du
site minier.
En haut, les mines, dans le versant nord du pic de
Port Vieux (en haut, à droite), telles qu'on les voit du chemin qui
monte au Port Vieux. En bas et à droite de la photo, la plateforme
(2010 m), et à gauche du centre de la photo, les lieux d'extraction,
au-dessus (2160 m) et à la base de la petite falaise, avec les déblais
rougeâtres au-dessous des galeries et tranchées d'où était
extrait le plomb argentifère..
En bas et gauche, les installations techniques de la plateforme,
au pied d'une petite falaise, avec semble-t-il un système de lavage
et de triage (et peut-être la station inférieure d'un petit câble
aérien faisant descendre le minerai, si on en croit la carte IGN).
En bas et à droite, la plate-forme, avec les
ruines de bâtiments, sur fond de muraille de Barroude (la dent du Gerbats
et, à droite, le pic de La Géla).
Vue dominante sur les bâtiments supérieurs
de la zone d'extraction, au bord de la petite gorge dans le flanc gauche
de laquelle ont été creusées des galeries. Une tranchée
et d'autres bouches de galeries sont visibles derrière, en haut du
pierrier. A gauche, le chemin muletier qui plus haut monte au port Vieux.
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PHOTOS des lieux d'extraction
du plomb argentifère.
En haut, à hauteur des bâtiments supérieurs,
des galeries et une tranchée.
En bas : à gauche et au centre, l'entrée
de deux galeries, l'une à l'étage supérieur, fermée
par une grille, l'autre à l'étage moyen ; à droite,
une tranchée, à côté des bâtiments.
PHOTOS des bâtiments supérieurs,
sur un éperon au bord d'une petite gorge.
En haut, deux photos superposables, l'une ancienne,
prise en 1903, l'autre actuelle (août 2007), montrant le panneau d'information
sur les mines (sur lequel figure la photo ancienne), au bord du chemin du
Port Vieux. Au fond, une partie de la muraille de Barroude (pic Gerbats à
gauche, pic de La Géla à droite).
En bas : à gauche, le flanc de la petite gorge,
sous les ruines, percé de galeries ; à droite, les bâtiments
supérieurs, dominant le grand replat de la vallée de La Géla.
Autre PHOTO montrant, sous les ruines
des bâtiments supérieurs, des galeries, ou des amorces de galeries,
percées dans le flanc gauche de la petite gorge.
En arrière-plan, par-delà la vallée
de La Géla, de gauche à droite : le pic Gerbats (2904
m), le pic de La Géla (2851 m), la Hourquette de Chermentas
(2439 m), le pic de Bassia de Nère (2613 m) et le pic de
Piau (2696 m).
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Exemples de projets d'aménagement
(l'auteur du site remercie M. Jean Prugent et Me Eugénie Embrun pour
les lui avoir communiqués) qui n'ont peut-être pas été
réalisés, ou seulement en partie :
- ci-dessus, celui, daté
de1863, d'un industriel, Henri Maréchal, associé à deux
toulousains, les fréres Pontic, à l'appui d'une demande de concession
aux communes de Guchan et Bazus-Aure (villages de la vallée, en aval
de St-Lary, propriétaires indivis des pâturages environnants).
C'est le plan (avec d'épaisses courbes de niveau) des aménagements
projetés pour le transport du minerai, en particulier celui d'un "glissoir"
(c'est le mot qui figure sur le plan). Il s'agit d'une glissière
hydraulique, c'est-à-dire d'une rigole en pente où un rapide
écoulement de l'eau entraine le minerai. Construite vraisemblablement
en 1864, longue de 400 m., entre un bassin collecteur à 2005 m. d'altitude,
au niveau de la plate-forme, et un bassin récepteur, à 1870
m., voisin de la laverie, elle avait une armature en bois, supportée
par des piliers en maçonnerie (dont il resterait des vestiges ?). Elle
semble avoir fonctionné pendant quelques années. Etaient aussi
en projet, dans le grand replat de la vallée de La Géla, un
chemin de fer et une maison : mais ils ne semblent pas avoir été
construits.
![]() |
- ci-contre, extrait d'un plan, non daté, ou d'un projet, d'installations minières au bord du "plareau de La Géla", comportant : une "Usine et laverie" (à laquelle paraissent correspondre les pans de mur actuels). Un "câble" y amenait le minerai des mines de La Géla, et une "conduite forcée" y amenait l'eau captée au déversoir du lac de Barroude (voir une des photos ci-dessous). A noter, à gauche, l'"ancien sentier des mines de Liena". SOURCES (rassemblées avec l'aide de Jean Prugent, auteur d'un site Web sur la vallée de Moudang) : Frantz-E. Petiteau, Autrefois en vallée d'Aure, Alan Sutton, p.164-171 (chapitre de Yvan Tixador) ; Thèse de Claude Dubois, 2004 ; Philippe Vivez, Les richesses oubliées de Parzan, dans Rapports historiques de la vallée de Bielsa avec la France, mairie de Bielsa, p.147-164 ; André Péré, Mines des vallées des Nestes (Aure et Louron) ; Archives départementales des Hautes-Pyrénées, S 617. |
Pièces
métalliques trouvées
dans la vallée de La Géla, les unes (à gauche)
dans le grand replat, provenant soit des mines de La Géla, soit du
câble aérien du chemin des mines (s'il a bien existé),
une autre (à droite) à proximité
des ruines de la probable laverie, qu'on voit au fond. En
1917, il semble qu'ait été projetée et peut-être
réalisée, par la "Société anonyme des mines
de La Géla", une usine-laverie destinée à la fois
à fournir de l'electricité et à recevoir de l'eau nécessaires
pour broyer et laver le minerai, grâce à une conduite forcée
de 20 cm de diamètre, captant l'eau au déversoir du lac de Barroude
et descendant dans le ravin (voir le projet ci-dessus).
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VOIR AUSSI
- la page consacrée
au chemin des mines sur
le versant français
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page générale sur la vallée de La Gela et les vallées
voisines
la
page contenant la liste des pages de photos
la
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NOTES
:
1.
Cette histoire est difficile à
reconstituer à partir des documents : il faut faire la part entre les
projets non réalisés et ceux qui l'ont été partiellement
ou totalement. Sur le terrain les installations les plus récentes ont
souvent effacé les vestiges des plus anciennes.
2. L'auteur du site remercie Madame Simone Fréchou, de Guchan, pour lui avoir apporté ces informations, et pour lui avoir permis de prendre connaissance d'un classeur, resté dans sa famile, où sont archivés des documents ayant trait à l'administration des mines de La Gela.
. Dans
ce classeur, le dernier des oncles de Mme Fréchou (dont trois
ont travaillé aux mines), Mr Joseph Fréchou, qui faisait office
d'intendant en plus de son travail aux
mines (il a travaillé à la réalisation du captage de
l'eau au déversoir du lac de Barroude), a collecté, pendant
l'année 1927, des lettres échangées avec les fournisseurs
des denrées inhérentes au fonctionnement de l'exploitation minière
(matériel technique, produits alimentaires, etc.), des avis d'expédition
et les factures correspondantes. Voici trois exemples de ces documents qui
donnent une image de l'exploitation d'une mine :
![]() |
Il s'agit d'une lettre, à en-tête de la Société des mines de La Géla, adressée au préfet des Hautes-Pyrénées par le directeur de la société, Mr Goar, pour demander le renouvellement du permis d'exploiter un dépôt d'explosifs (de la cheddite) et de détonateurs. |
![]() |
Ce document est l'avis d'expédition, par une compagnie de Paris, de pièces pour "marteau perforateur" (ou marteau-piqueur) pneumatique, qui devaient être livrées à la gare d'Arreau. La perforation pneumatique avait remplacé la perforation manuelle, par rapport à laquelle elle constituait un gros progrès, en 1922 aux mines du pic Liena, et peut-être la même année aux mines de La Gela. D'autres factures ou lettres concernent toutes sortes d'autres matériels techniques : explosifs, mèches, détonateurs, charbon, boulons, fil de fer, tôle, bois, huile, gomme pour lampe de mine, etc. |
![]() |
Cette lettre, pittoresque
mais instructive, adressée par un propriétaire-viticulteur
de Lézignan au directeur des mines, annonce l'arrivée
de 10 barriques de vin à 11° (de 220 litres chacune).
Cette quantité donne une petite idée du nombre d'ouvriers
qui travaillaient aux mines, evidemment très approximative faute
de savoir au bout de combien de temps sera renouvellée la commande
et quelle est la consommation individuelle des ouvriers. |
3.
Voici un épisode représentatif de cette histoire au XIXe siècle
:
En 1837 Karl Wagner, joailler à Paris, très au courant
des questions de mines de plomb argentifère, attire l'attention d'Edouard
Lartet sur l'intérêt des mines de l'At-Géla (d'abord
avocat à Ornézan dans la Gers, Lartet est surtout connu comme paléontologue
et précurseur de la préhistoire pour avoir découvert des
fossiles de grands singes et de nombreux fossiles d'animaux disparus
associés à des outils de silex façonnés par l'homme
; il a ainsi établi l'ancienneté de l'espèce humaine,
et proposé la chronologie de l'ère quaternaire).
Une prospection rigoureuse confiée par Wagner à un ingénieur
allemand se révèle optimiste quant à la responsabilité de ces
mines..
Lartet et Wagner s'associent à Firmin Carrère, médecin à Hèches, et
à Mention, banquier, pour former un groupe hétéroclite
qui fait le 12 novembre
1837 une demande de concession de la mine
(située sur le territoire d'Aragnouet, canton de Vielle-Aure, dans des pâturages
appartenant en indivis aux communes de Guchan et Bazus-Aure) au préfet des
Hautes-Pyrénées.
En 1839 une lettre de Wagner à Lartet lui apprend que les travaux
d'exploitation sont avancés. Deux galeries ont été creusées.
Mais par la suite les choses se gâtent : un ingénieur des mines
de Luchon met en garde les concessionnaires sur la rentabilité de la mine
; en 1845 des difficultés administratives surgissent, les héritiers d'une
famille faisant valoir leurs droits sur la concession des mines de la vallée
d'Aure dont les limites n'ont jamais été précisées ; Lartet est pris par l'achat
par l'Etat de fouilles à Sansan (12 km au sud d'Auch) ; Carrère n'assure pas
aussi assidûment que prévu la surveillance de la mine.
Finalement, le 15 septembre 1846, l' exploitation
de la mine n'ayant pas donné les résultats espérés, la "Socièté des mines
de Guchan" (leur dénomination officielle) est mise en liquidation.
Par la suite, une société achète la
concession mais fait faillite en 1853 ; une autre, anglaise, renonce au bout
d'un an après avoir obtenu une concession de huit kilomètres
carrés à La Géla en 1860.
Ce sera en 1863 que des français prendront le relais
et déposeront une demande de concession pour une exploitation plus
sérieuse : les frères Pontie de Toulouse et le célèbre
ingénieur Henri Maréchal, propriétaire à Aragnouet.
(Source : article de André Péré,
"Mines des vallées des Nestes (Aure et Louron)", reproduisant
une communication faite au Congrès de la Fédération des
Sociétés Savantes Pyrénées-Languedoc-Gascogne,
à Saint-Girons, en 1975).