Chemin des mines

    Le port de Plan   (note 6)

    Dans cette page nous nous éloignons un peu du cirque de Barrosa, pour aller, une dizaine de kms vers l'est, au-delà des vallées de la Neste de Saux et du Moudang, dans une autre branche sud de la vallée d'Aure, la vallée de Rioumajou.
    Mais nous restons dans le domaine des hôpitaux ou hospices construits au pied des ports (ici ceux de Rioumajou et de Gistain, au lieu de celui de l'Hôpital de Parzan), dans le domaine des anciens chemins transfrontaliers (ici le chemin du port de Plan, au lieu du chemin des mines et des chemins du port de Barroude et du Port Vieux), et dans celui des rapports historiques entre la vallée d'Aure et les vallées du haut Aragon.

  CARTE des ports et des chemins entre les vallées d'Aure et du rio Cinca avant la construction des routes, localisant les hospices ou hôpitaux               >  

  (VOIR AUSSI la page consacrée à l'histoire du port de Plan ;
 vous pouvez consulter cette page en écoutant "l'hymne du Sobrarbe" ;
"Pais perdido", de la Ronda de Boltaña[MP3, 4 Mb, 4 mn] : pour cela cliquer ici (on en trouvera les paroles, en espagnol, dans le site du Sobrarbe : dans la rubrique Comarca, en haut et à gauche de la page d'accueil, cliquer sur "Himno de Sobrarbe")

 SOMMAIRE :
 1-
Géographie et géologie du port de Plan
 2- Les vestiges d'un trés ancien chemin
 3- Un "chemin de chars" ?
 4- Idées de courses passanr par le port de Plan

  






    1-  GEOGRAPHIE ET GEOLOGIE

    La Neste d'Aure, prolongeant la Neste de Badet, reçoit au sud quatre affluents paralléles, d'ouest en est les Nestes de La Géla, de Saux, du Moudang, et de Rioumajou, dont les vallées mènent à des cols élevés (seul le Port Vieux, 2378 m, est en-dessous de 2400 m) permettant d'accéder aux vallées aragonaises des Pyrénées centrales.
    (carte ci-dessus ; voir aussi dans le site de Jean Prugent la partie consacrée à la vallée de Rioumajou).
    Le port de Plan (ou port de Rioumajou) (note 6), dans le passé le plus connu et le plus fréquenté des cols de la vallée de Rioumajou, échancre à peine la crête frontière émoussée qui, au fond de la vallée de Rioumajou, relie le pic d'Urdiceto (ou pic de las Tres Hüegas, 2597 m) au Tuc de Monmour (ou Tuca Montarruego, 2628 m ; Monmour signifiant peut-être "mont des Maures").
    Le point le plus bas de cette croupe est, à 2507 m, une petite brèche rocheuse (appelé " Port Bielh " par les bergers) qui fait communiquer les pâturages du plateau de Monmour avec ceux du versant espagnol. En suivant cette croupe sur 600 m. vers le nord-est on trouve une bosse (2559 m), puis un large ensellement caillouteux à 2515 m, puis un peu au-dessus, un épaulement peu marqué, à l'extrémité ouest d'un petit plateau : c'est là qu'est gravée, sur un affleurement de quartzite, la croix n° 327 bornant la froutière, et qu'est plantée la pancarte marquant le port de Plan (2524 m) (voir la carte ci-dessous). Pour Ramond, qui y est passé en 1792, c'était ce plateau qui avait donné son nom au port
(note 8)
    Le versant français de la bosse 2559 et de l'ensellement 2515, est fait d'éboulis faiblement pentus, alors que coté espagnol on est tout de suite au bord d'une une pente rocheuse abrupte quoique peu élevée. La pente est douce en revanche à l'est du petit plateau et c'est seulement là que pouvait passer le chemin transfrontalier du port de Plan, pour descendre sans obstacle, par la base de la sierra de Picaruela et le plan des Carlistes, dans la vallée du rio Cinqueta.
    Comme au port de Barroude les reliefs émoussés, bombés ou aplanis, de la région du port de Plan, ainsi ouvert sur les massifs environnants, s'expliquent par la géologie de cette crête dont les éboulis sont constitués de schistes délités en petits éclats noirâtres du Cambro-Ordovicien ou du Silurien, de type ampélite. Dans ces schistes affleurent cependant de minces (1 m. d'épaisseur) assises déchiquetées de quartzite, dont une responsable de l'épaulement.
     Dominant le port, les petites falaises sud du Tuc de Monmour, et du Tuquet, voisin, de Caouarère (ou Peña Blanca), sont taillées dans du calcaire blanc du Dévonien, chevauchant sur les schistes (comme la "klippe" qui forme plus au sud le sommet de la Punta Suelsa, mais chevauche, elle, des grès rouges permiens reposant sur du granite).


   2-  LES VESTIGES D'UN TRES ANCIEN CHEMIN
   
   C'est par le port de Plan que passait un large, important et trés ancien chemin, pré-romain, par lequel, pendant des siècles, d'innombrables voyageurs, accompagnés de troupeaux et de bêtes de somme chargées de marchandises, ont franchi à pied la crête-frontière des Pyrénées, entre, côté français, le fond de la vallée de Rioumajou, branche sud de la vallée d'Aure, et, côté espagnol, la vallée du rio Cinqueta (dite vallée de Chistau, ou de Gistain), affluent du rio Cinca, lui-même affluent de l'Ebre.

    Au fond de la vallée de Rioumajou, dans un grand replat herbeux, au pied de la montée au port de Plan (à un endroit d'où partent les accés à 3 autres cols : Caouarère, Madère et Urdiceto), à 1560 m. d'altitude, les voyageurs trouvaient un refuge, l'hospice de Rioumajou (dont l'existence est antérieure au XVe siècle : il a probablement été construit au XIIIe siècle), encore debout aujourd'hui, restauré ces dernières années pour abriter le logement d'un berger, un bar-restaurant ouvert au milieu de l'été, et, depuis l'été 2007, un petit refuge non gardé pour les montagnards (qui disposent aussi d'un enclos réservé au camping). Il est accessible en voiture à partir de Tramezaïgues par 8 kms de route puis, à partir de Frédancon, 4 kms de piste étroite mais carrossable (fermée en fin d'après-midi et en cas d'affluence) (note 1).

   (Pour en savoir plus sur la vallée et l'hospice de Rioumajou, notamment sur l'histoire de celui-ci, consulter le
site de Jean Prugent , et celui de St-Lary , notamment la page Histoire)
   Du côté espagnol, dans la vallée du rio Cinqueta, un peu au-dessus du pont par lequel la piste de Viados franchit la gorge du rio, à environ 6 kms du village de Plan, l'hospice de Rioumajou avait, à 1500 m. d'altitude, son pendant, l'hôpital de Gistain (appelé "Hopital d'Arragon" sur la carte de Roussel), aujourd'hui en ruine. C'est en 1350 que, par un accord entre les habitants de la vallée de Chistau et ceux d'Ainsa, avait été décidé de "maintenir le chemin de France et y établir une auberge pour les voyageurs à pied" (note 2).
  
                               

    Entre ces deux hospices il y a six heures de marche (pour 8 kms à vol d'oiseau). Le port de Plan est l'itinéraire le plus direct, donc le plus court, pour franchir les Pyrénées centrales (c'est la "grande route centrale de Pyrénées", donnant accés à la vallée de l'Ebre) et, localement, pour relier les villages de la vallée d'Aure aux nombreux villages de la vallée de Chistau (beaucoup plus peuplés dans le passé, notamment au XIXe siècle, qu'aujourd'hui), au nombre de sept : Plan, San Juan de Plan, Gistain, Saravillo, Sin, Señés, Serveto. Par ce port la distance entre le dernier village français et le premier village espagnol est plus courte que par le port de Bielsa. Les habitants de la vallée de Louron, pour se rendre en Espagne, préféraient le port de Plan à leurs propres passages plus difficiles (note 7).
    Il est sans doute le plus facile de tous les ports faisant communiquer la vallée d'Aure et le haut Aragon, surtout sur son versant espagnol (c'est ce qu'indique par exemple, en 1836, Vincent de Chausenque, et, en 1716, la légende de la carte de Roussel, qui trouvent le chemin trés praticable) (voir une CARTE actuelle, la page consacrée à la carte de Roussel, et dans la page consacrée à l'histoire du port de Plan des extraits de cartes anciennes).
    D'autant plus que le port de Plan, comme les autres ports de la vallée d'Aure, a l'avantage d'être moins enneigé que d'autres, parce que la partie haute de cette vallée, protégée des vents d'ouest par le massif du Néouvielle, est moins arrosée. Elle est aussi plus souvent exposée au vent du sud et son effet de foehn (d'où, un peu plus qu'ailleurs, la présence de plantes amies de la sécheresse et de la chaleur, notamment des pins sylvestres sur les versants exposés au nord).

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    Voici comment se présentent, à un excursionniste qui fait aujourd'hui la traversée de l'hospice de Rioumajou à la vallée du rio Cinqueta par le port de Plan, les vestiges de ce grand chemin :
                                                                                                                                                        
    Sur le versant français
(mise à jour fin juillet 2013):
    Aprés l'hospice de Rioumajou il prolonge la piste, un peu moins large que celle-ci, en se dirigeant progressivement vers le vallon de Caouarère, à gauche (est).
    A l'entrée de la forêt s'en détache le sentier du port d'Urdiceto.
    Peu aprés, le chemin traverse le ruisseau de La Plagne, dont le lit rocheux a été manifestement aménagé dans l'axe du chemin : élargi pour diminuer la profondeur du torrent, et aplani.
    Aprés un lacet dans la forêt, puis un autre dans une clairière, le chemin revient dans la forêt pour remonter le vallon de Caouarère, à 20 ou 30 m. au-dessus du torrent, sur sa rive gauche, tout droit sur environ 1 km (mis à part 2 courts lacets qui n'ont peut-être pas toujours existé). Sa pente est parfois trés forte (peut-être 15 à 20 %), il est large (2 à 4 m.), et sa chaussée souvent caillouteuse et traversée par les racines des sapins.
    A la sortie de la forêt le chemin débouche dans une combe (1900 m), sorte d'entonnoir formé par les pentes du pic de Caouarère, des ports de Caouarère et de Madère, et du Tuc de Monmour, sur lesquelles descendent de grandes coulées d'éboulis. Il s'y perd dans une pente herbeuse, dans laquelle s'en détache à gauche (est) le sentier du port de Caouarère (qui donne accés aux pics de Caouarère et de Batoua), et où on trouve les ruines d'un petit bâtiment (qui aurait servi dans le passé au transport du bois venu d'Espagne par le port de Madère).
    En haut de cette pente le chemin change complètement de direction et rentre, vers l'ouest, dans le haut, clairsemé, de la forêt, dans les pentes raides de laquelle, réduit à un simple sentier un peu chaotique, il déploie de nombreux lacets.

    Quittant la forêt pour des pentes herbeuses plus douces, dans lesquelles ses lacets ne sont visibles que par le relief qu'ils impriment dans le gazon, il reprend une bonne largeur (2 mètres environ). Aprés un dernier et long lacet au bout duquel se détache un sentier pour le port de Madère (balisage bleu), il franchit (à 2100 m) la crête qui descend du Tuc de Monmour, pour basculer vers le plateau de Monmour. A partir de là il faut suivre, jusqu'au port de Plan, un bon balisage par des barres jaunes.
     Au bout d'une longue traversée presque horizontale, de nouveau sous forme d'un simple sentier discontinu, dans le raide flanc sud de la crête (où il est possible que le chemin ait glissé sur le substrat schisteux), il traverse le petit ruisseau de Monmour et se perd à première vue dans l'herbe du vaste plateau pastoral de Monmour. En fait, avec un peu d'attention, aidé par le balisage, on y retrouve la trace du chemin avec sa largeur antérieure de "chemin de char" (voir ci-dessous la section 3). Elle est discontinue, mais on peut la suivre ainsi sur environ 1 km et demi, à travers un dédale de croupes qu'elle surmonte par deux ou trois lacets. En haut d'un petit col (vers 2350 m), on la perd mais là il faut changer de direction (croix jaune) pour monter à gauche (sud-est) vers le haut une croupe qu'on suit jusqu'au pied d'une large et haute butte caillouteuse. Par une montée en écharpe dans ses éboulis on surmonte celle-ci pour déboucher sur un plateau en vue du port.
     Au delà de ce plateau on retrouve la trace du chemin : à peine visible dans le gazon (bien visible en revanche sur une vue aérienne de Google earth, ci-contre, où on voit le port en haut à droite) mais bien balisée
, elle serpente entre, à gauche, des blocs de calcaire tombés du Tuc de Monmour, et à droite un thalweg creusé par le ruisseau de Monmour. En haut de celui-ci le chemin traverse ce thalweg sur un muret, pour, sous la forme d'une sente, monter en écharpe dans les éboulis schisteux (note 10) jusqu'au port (note 3).
     En fait on aboutit ainsi non pas au col géographique (2515 m) mais à un épaulement (2527 m)
un peu au-dessus de celui-ci, au nord-est, au bord d'un petit plateau où on trouve des pancartes marquant le port, et la croix bornant la frontière, numéro 327 gravée (en 1863) sur un rocher. Sur ce petit plateau, côté espagnol, le chemin s'éloigne vers l'ouest de 200 m.avant de descendre, au niveau de la ruine d'un petit abri, dans la vallée de Chistau.
     Le panorama est immense : massif des Posets et des pics d'Eristé à l'ouest, puntas Suelsa et Fulsa au sud derrière lesquelles on aperçoit à gauche le massif du Coteilla, et massif du Mont-Perdu au loin à l'ouest (à droite duquel se devine le pic Liena, dont on voit les mines) et le pic Robiñera.

     
     Il existe une variante pour monter au port : au delà du collet (2350 m) marqué d'une croix jaune par le balisage la trace du chemin se prolonge pour devenir un sentier qui se dirige horizontalement vers le port d'Urdiceto, à l'ouest. S'en détache au bout de quelques centaines de mètres, un autre sentier, balisé, qui monte, d'abord dans l'herbe, puis dans un vallon caillouteux, au col rocheux (2507 m) de la crête frontalière, au sud-ouest du port de Plan. Si on continue de le suivre sur le versant espagnol, d'abord rocheux puis herbeux, on monte au nord-est sur la bosse 2559 m, dont on contourne par la gauche le sommet pour descendre, par un sentier dans les éboulis, à l'ensellemnt 2515 (auquel on peut aussi monter directement dans les schistes caillouteux)
    

  
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     Sur le versant espagnol :
    Le chemin, à peine visible, s'appuyant sur un petit relief rocheux, longe le bord du petit plateau, puis commence, sous forme d'un sentier peu marqué (mais balisé en blanc et jaune), sa descente dans les éboulis. On trouve là la ruine d'un petit bâtiment : peut-être un abri contre les vents d'ouest balayant le port.
    Les lacets du chemin se poursuivent dans la pelouse, où sa trace se marque par un simple relief pas toujours évident. Mais où il reprend les proportions d'un "chemin de char", soit environ 2 m. de large, dimension qu'il va garder jusqu'au rio Cinqueta.
    Aprés une portion horizontale et une courte montée il contourne la large croupe qui descend du Tuquet de Caouarère (marquée par un gros cairn, et offrant une belle vue sur la vallée de Chistau), et bascule dans le vallon de La Basa, au pied de la sierra de Picaruela.
   Le chemin y déploie quelques lacets, traverse un replat herbeux, puis descend, par d'autres lacets, dans les genévriers (les espagnols ne se sont pas contentés de baliser le chemin mais l'ont aussi dégagé des genévriers qui l'encombraient), au niveau d'un autre replat où persistent les ruines de la cabane des Cubridors (1910 m ; en fait il y en a 2).
    La descente se poursuit par d'agréables lacets dans la forêt, la traversée du plan des carlistes où la trace du chemin se perd dans un herbe épaisse. Puis, à gauche (est) de la bosse boisée appelée Las Collas, il retrouve la forêt, où, confondu provisoirement avec le GR 11 (balises rouge et blanche), il est recoupé et masqué par les lacets d'une piste qui se branche sur celle de Viados.
    A l'endroit où le chemin quitte cette piste et retrouve son balisage blanc et jaune, est planté, sur un promontoire boisé, le petit refuge des Bordas de Licierte (1700 m; accessible par la piste ; 3 à 5 places seulement, mais on peut camper à côté).
    Ensuite le chemin descend dans des prairies, puis dans la forêt, et débouche sur une piste à proximité des ruines de l'Hôpital de Gistain (1510 m) (voir les photos).
    Au-dessous il traverse des dalles inclinées de grés rouge (note 4) pour descendre jusqu'à son embranchement
sur la piste de Viados, juste aprés le pont (pont dit" de l'hôpital") par lequel cette piste franchit la petite gorge du rio Cinqueta (1450 m).Un panneau y donne des informations sur le port de Plan et l'hospital de Gistain (dans la page consacrée à l'histoire du port de Plan, voir la photo de la note 8).

     Dans l'ensemble donc, sur le versant espagnol, le chemin se déroule sur des pentes plus douces que sur le versant français, le plus souvent herbeuses : il est par conséquent, tout le long, plus régulier, plus facile et mieux conservé. .
 
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   3-  UN "CHEMIN DE CHARS" ?

   On trouve donc encore aujourd'hui, entre les hospices de Rioumajou et de Gistain, sur une bonne partie du trajet, surtout sur le versant espagnol du port de Plan, les vestiges d'un chemin qui avait, ou qui a eu à une certaine époque, les dimensions d'un "chemin de chars" (ou "chemin charretier"), soit 2, voire 3, mètres de large. Les espagnols distinguent deux sortes de chemins : "los caminos de carros" (chemins de chars), et "los caminos de herraduras" (chemins muletiers : suivies par des bêtes de somme ferrées). Le chemin du port de Plan (comparable au chemin du Port Vieux et des mines de La Géla, dans la vallée de La Géla, par où des attelages de boeufs descendaient le minerai : voir la photo de la note 5) appartenait nettement à la première catégorie, alors que les chemins muletiers qui desservaient les mines de la région du cirque de Barrosa appartenaient nettement à la seconde.
    A certains endroits ce n'est plus actuellement qu'un simple sentier. Selon L. Médan c'était encore au début du XXe siècle un excellent chemin entre l'hospice de Rioumajou et le sommet du port. Mais on peut penser que depuis qu'il n'est plus fréquenté ou utilisé (c'est-à-dire à peu prés depuis le milieu du XXe siècle), donc pas entretenu, ce chemin s'est fortement dégradé sous l'effet de l'érosion, en partculier sur le flanc gauche, pentu et schisteux, du vallon de Caouarère. De plus, dans les pelouses il a été envahi par le gazon, et de ce fait en partie effacé ou estompé, donc difficile à repérer.
    D'ailleurs il se dégradait souvent dans le passé, surtout dans les éboulis instables ou dans les pentes raides peu ou pas boisées, en particulier sur le versant français du port, plus raide et plus arrosé, victime d'éboulements lors de pluies torrentielles (en 1839 un violent orage détruit le chemin et une partie de l'hospice de Rioumajou selon le conseil municipal de St-Lary), ou d'avalanches (ou du simple fluage de la neige), notamment dans le haut de la forêt (clairsemée) du vallon de Caouarère. De telles dégradations rendaient nécessaires un entretien permanent, ce dont étaient chargés les tenanciers de l'hospice de Rioumajou sur le versant français, tenus par ailleurs de jalonner le chemin à l'entrée de l'hiver. Dans son long passé il a dû être ainsi plusieurs fois remanié et ce n'est évidemment pas les vestiges de la voie romaine (si "voie romaine" il y a eu) qu'on voit aujourd'hui. Il est cependant probable que son tracé est resté à peu prés le même.
     Ce chemin semble donc avoir été "carrossable", au moins à un certaine époque. Mais y faisait-on vraiment passer des "carros", ou d'autres véhicules à roues ? La question est controversée par les historiens (note 5). En tout cas il était certainement adapté au passage de bêtes de somme, mulets ou chevaux, même lourdement chargés, malgré une pente parfois forte, ou des passages peut-être mal entretenus.
 
     Le port d'Urdiceto, l'un des autres ports dépendant de l'hospice de Rioumajou, à l'ouest du port de Plan, entre les pics d'Urdiceto et de l'Espade, est plus bas de 121 m.(2403 au lieu de 2524 m), et se situe dans l'axe de la vallée. On peut donc se demander si ce n'était pas par lui que se faisaient de préférence les passages entre France et Espagne. D'autant plus que Arlaud de Saint-Saud mentionne, dans un récit d'excursion, le 10 octobre 1879 (paru dans le Bulletin de la Société Ramond, 2e trimestre de l'année 1880, pp.79-88, "Le pic d'Arré,de Castets à Bielsa et à Gavarnie") : "Un excellent chemin muletier nous conduisit de l'Hospice de Riou-Mayou [...] au Port d'Ordisetou.". Mais peut-être que ce chemin passait par le plateau du Mommour (voir ci-dessous).
   
Mais côté français (ainsi que côté espagnol entre le port et le Paso des Caballos), on ne trouve actuellement qu'un sentier, et nulle trace d'un grand chemin adapté au passage de bêtes de somme lourdement chargées. D'ailleurs il n'est pas vraisemblable qu'un tel chemin ait pu être aménagé dans les fortes pentes que le sentier actuel traverse à mi-chemin du col au-dessus du ravin du ruisseau de la Plagne. De plus, s'il donne directement accés à Parzan et Bielsa dans la vallée du rio Barrosa, l'accés par ce sentier à la vallée du rio Cinqueta passe par le Paso de los Caballos. Là non plus pas de traces de chemin muletier sur le versant est de ce col.
    Cependant de telles traces existent, semble-t-il, côté français, juste sous le port d'Urdiceto. Peut-être empruntait-on d'abord, dans le passé, pour gagner ce port, le chemin du port de Plan jusqu'au plateau du Mommour pour traverser ensuite celui-ci d'est en ouest. C'est ainsi que le guide Joanne dans sa 3e édition (1877) signale, page 202, que pour aller de l'"Hospice de Rioumayou" au "col d'Ourdissette" "on suit encore pendant 1 h. le chemin du port du Plan, puis laissant à g. ce sentier et celui du col de Cavarrère [à l'entrée du plateau de Mommour] on monte à dr. vers le S.-O. [donc par le plateau]" (voir un extrait de la carte d'état-major ci-dessous, et aussi une carte de la zone sud de la vallée de Rioumajou, datant de 1889, dans une page du site de Jean Prugent sur Le Moudang et Rioumajou) (note 9). Malgré tout, dans l'édition de 1883, le guide Joanne conseille, pour aller de France en Espagne, de passer par Arreau, le Rioumajou, le port de Plan, le village de Plan (et de là, sans doute pour éviter les défilés de La Inclusa et de Las Devotas, le port de Sahun, la vallée de l'Esera, Barbastro).
    
    Par ailleurs le chemin muletier qui desservait la mine de plomb argentifère exploitée autour de 1875 au-dessus du lac d'Urdiceto remontait la vallée du barranco d'Urdiceto, depuis celle du rio Barrosa jusqu'au Paso de los Caballos, et ne passait pas par le col d'Urdiceto (voir la pages consacrée aux mines de la région, note 2).
    Cependant le sentier emprunté actuellement pour monter de l'hospice de Rioumajou au port d'Urdiceto l'a sans doute été dans le passé par des voyageurs à pied peu chargés, ou des pélerins. En particulier ce port aurait été, autrefois, un des cols pyrénéens franchis par les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Il est signalé actuellement comme tel dans la vallée d'Aure par le Comité Départemental de Randonnée Pédestre (GR 105) et le Conseil général des Hautes-Pyrénées. C'est ce qu'indique une plaque posée au port même en 2004 (photo ci-dessus). L'itinéraire décrit rejoint ensuite le GR 11 au Paso de los Caballos pour descendre dans la vallée de Gistain (voir à ce sujet trois sites : celui des chemins de Saint-Jacques , celui des amis de Saint-jacques en Hautes-Pyrénées, et celui de la voie du piémont pyrénéen).

   (VOIR AUSSI la page consacrée à l'histoire du port de Plan)
                                                                                
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 4-  IDEES DE COURSES PASSANT PAR LE PORT DE PLAN

   LA MONTEE AU PORT DE PLAN depuis l'hospice de Rioumajou (camping, ou petit refuge sommaire non gardé encore en 2016, photo ci-dessous prise en juin 2007; voir ci-dessous), par le chemin décrit ci-dessus, constitue déjà une belle course, sans difficulté (dénivelé : 964 m.; 3 h. à 3 h. 30).
    Elle présente plusieurs attraits : montée en forêt, passage sur un promontoire dominant l'hospice, face au pic d'Aret, traversée d'un vaste plateau pastoral
où suivre dans la pelouse la trace de l'ancien chemin est comme un jeu de piste, et arrivée à un port caillouteux mais ouvert sur un large panorama.

   A propos de l'hospice de Rioumajou :
 
    * en 2016 il est en cours de rénovation de façon à devenir en 2017 un véritable refuge de montagne, en même temps qu'une auberge et un logement pour les bergers.
  Il sera doté de 34 lits en chambres et dortoirs.
  Il comprendra : 2 salles pour les bergers, une salle de restauration, une cuisine (déjà complètement rénovée) permettant de servir jusqu'à 90 repas par jour, des sanitaires, des locaux techniques.
   Il sera donc en mesure d'accueillir les visiteurs 24 heures sur 24.
   Un espace d'exposition consacré à l'histoire de l'hospice et de la vallée de Rioumajou est également prévu.
      (information tirée de la revue Pyrénées, n° 268, octobre 2016, section "Chroniques", p. 99)
   
   
* bien situé (il est notamment sur le parcours de la Haute Route Pyrénéenne), l'hospice de Rioumajou peut être le point de départ de multiples autres courses : 
  - pic d'Arriouère [2866 m],

  - pic de Lia [2778 m],
  - pic de l'Espade [2809 m],
  - Puntas Suelsa [2967 m] et Fulsa [2860 m],
  - pic de Caouarère [2901 m],
  - et surtout
le Pic Batoua [3034 m], par le pic de Caouarère ; voir une page de photos consacrée à ce 3000 mètres, et le guide Ollivier, Pyrénées centrales III, Vallées d'Aure et de Luchon, p. 44 à 56.

   
   On peut apporter à la montée au port de Plan l'un ou l'autre des quatre COMPLEMENTS suivants :
    
   *
 La montée sur les deux bosses qui dominent (de peu) le port : le Tuc de Monmour (2628 m ; d'où on peut descendre par sa longue arête nord-ouest pour retrouver au bout le chemin du port), et le Tuquet de Caouarère (2683 m), plus élancée, d'où le panorama est immense et circulaire sur les massifs des Batoua, Schrader, Posets, Eristé, Cotiella, Punta Suelsa proche, Mont-Perdu, pic d'Aret) et sur les hauts de la profonde vallée du rio Cinqueta ;
   
    *
  La belle et régulière descente dans la vallée de Chistau jusqu'au rio Cinqueta : on réalise ainsi la traversée que les habitants de la vallée d'Aure effectuaient pour se rendre chez leurs amis espagnols. Elle implique une longue navette de voitures, à moins que le retour se fasse le lendemain par le Paso del Caballos et le port d'Urdiceto.
    
   *
  Le parcours facile de la croupe caillouteuse ou herbeuse qui va du port de Plan au pic d'Urdiceto (2597 m ; 45 minutes), sommet dominant, face aux Puntas Suelsa et Fulsa, le lac du même nom. Continuer par la descente sur le port d'Urdiceto (2403 m) le long de son arête nord-ouest, rocheuse et déchiquetée, descente (parfois sur son versant sud) aidée par des cairns ou des bribes de sentier. Revenir ensuite à l'hospice de Rioumajou par le sentier du port qui traverse l'ouest du plateau de La Plagne, puis descend dans un ravin boisé. On boucle ainsi un trés beau circuit, qui d'ailleurs peut être parcouru dans les deux sens ;
  
    *  Un autre beau circuit (long, mais pouvanr se faire dans la journée) à partir de l'hospice de Rioumajou, peut être imaginé : port de Plan, descente côté espagnol jusqu'au plan des Carlistes, montée au Paso d'es Caballos par le GR 11, port d'Urdiceto.

   
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    NOTES :

  1.  Voici l'hospice de Rioumajou tel que l'ont vu trois pionniers du pyrénéisme, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe (au sujet des hospices et hôpitaux en général, voir la note 6 de la page consacrée à la carte Roussel) :
   
    - Le 17 août 1874 Henry Russell, après l'ascension du Pic Batoua, descend du port de Caouarère, côté ouest. Il raconte (dans Souvenirs d'un montagnard, au chapitre "Ports d'Aygues-Tortes, de Clarabide, de Caouarère, et ascension du pic Batoua (3035 mètres)", éditions Pyrémonde-PRNG 2008) :
   "[...] nous arrivons avec la nuit à l'exécrable auberge appelée par dérision "Hospice" de Riou-Mayou (1560 mètres) où je dîne avec une soupe au lait et un reste de poisson conservé, dont j'ai toujours une provision dans les montagnes. Nous dormons dans du foin, comme il n'y a pas de lit ! Et cependant quel merveilleux endroit pour passer une semaine, s'il y avait une auberge ! C'est un des sites les plus alpestres, les plus boisés et les plus séduisants de toute la chaîne des Pyrénées."
   
    - Le 10 octobre 1879, le baron Aymard d'Arlot de Saint-Saud et ses compagnons (dont le guide Henri Passet),  descendus du pic d'Aret, couchent à l'hospice : "Hospice! on devrait plutôt dire : Repoussoir. C'est non seulement de France mais peut-être aussi d'Espagne - ce qui n'est pas peu dire - l'auberge la plus misérable. Un peu de pain, un peu moins de vin, le foin pour couchette dans une grange mal close et encore par une faveur toute spéciale, voilà ce que nous eûmes pour nous réconforter.
   Il est vraiment honteux que les communes de Tramezaïgues et de Saint-Lary, à qui appartient cet immeuble sale, enfumé, sans ressources, ne prennent pas plus de soin d'un refuge où passent chaque jour tant de gens du peuple et où s'égarent parfois des touristes. La Société Ramond devrait veiller moralement à l'entretien d'un hospice isolé, situé au pied de montagnes magnifiques, dans un lieu admirable, très fréquenté et qui pourrait devenir un centre d'excursions."

(Bulletin de la Société Ramond, 2e trimestre de l'année 1880, pp.79-88, "Le pic d'Arré,de Castets à Bielsa et à Gavarnie");
   
    - En 1904, Georges Ledormeur s'arrête vers 3 heures du matin à l'hospice de Rioumajou avant de faire l'ascension du pic de Batoua ("Autour du pic Batoa, Pyrénées, n° 6, avril 1951, pp. 52-55) :
   "Dans un bassin pastoral, entouré de sapinières (alt. 1560 m.), cet établissement hospitalier existe depuis des siècles, ouvert, été comme hiver, aux voyageurs de passage. C'est un long bâtiment sans étage, comportant : logement, remise, étables et greniers à fourrages, où l'on trouve à boire, manger et dormir.
   Les gardiens, mari et femme, avaient acquis une réputation équivoque (d'après les mauvaises langues) au sujet de laquelle il ne serait pas charitable d'insister aujourd'hui, alors surtout qu'ils ont rendu leur âme à Dieu, d'une façon peu banale.
   Fort heureusement les chiens de garde vagabondaient je ne sais où, l'échelle propice était encore adossée à la porte extérieure du grenier et la nuit était d'un beau noir d'ébène. Avec une souplesse et une discrétion d'apache, je parvins à me glisser dans le foin, sans donner l'éveil, ce qui aurait pu amener des complication regrettables dans les pourparlers préalables.
   A 5 heures du matin, en septembre, le jour n'apparaît pas encore et je m'échappe furtivement de cet hospice peu rassurant
."
   Au retour, à Saint-Lary on lui en raconte "une bien bonne" : "Au milieu de la nuit, l'aubergiste du Rioumajou, alerté par un bruit suspect, avait rodé autour de l'hospice, armé de son fusil redoutable..."


   2.  Par cet accord (selon les informations données par un panneau placé au départ du chemin : voir la pageconsacrée à l'histoire du port de Plan, note 8), les habitants de Plan, San Juan et Gistain s'engageaient à "aménager, disposer, réparer et maintenir en état le chemin dans cette vallée jusqu'aprés le port qui donne sur la vallée d'Arreau de manière à ce que des montures chargées de marchandises puissent passer sans danger". L'engagement exigeait aussi de "construire et de faire un logement de 2 salles assez grandes sur le chemin de ce port à l'endroit appelé La Plana". Deux personnes vivaient dans cet hospital de Gistain pour porter secours, et donner gîte et couvert, aux voyageurs à pied. En 1850 il est cité par un historien comme étant un refuge-clé sur le chemin muletier qui allait de Barbastro en France.

   3. Dans une brochure intitulée "La grand'route centrales des Pyrénées. Le port de la Ténarèse", parue en 1897, l'histotien Paul Labrouche écrit : "Le 17 août 1894, nous avons parcouru la crête du Plan, dont l'altitude, de 2500 en moyenne, s'affaisse d'une cinquantaine de mètres à la brèche du col. Dans les schistes érodés de l'arête terminale et sur les dernières pentes, la trace d'une ancienne voie, décrivant de nombreux lacets, est visible sur tout le parcours, principalement sur le revers méridional, où des murs de soutènement subsistent encore."
    
Actuellement on ne voit aucune trace de voie large "dans les schistes érodés" aux abords immédiats du port, ni aucun mur de soutènement, sauf à la traversée du thalveg pour aborder ces schistes. Mais ces vestiges ont pu disparaître
sous le port dans les éboulis instables , alors qu'une trace a pu persister dans les terrains stabilisés par le gazon.

  4. Malesherbes en parle dans son récit de la traversée du port de Plan en 1767 (au sujet de Malesherbes voir la page consacrée à l'histoire du port de Plan, note 10) : "[...] j'ay remarqué entre autres, à l'endroit précisément de l'arrivée à l'hôpital d'Espagne, des schistes rouges en forme de toit, rangés les uns sur les autres pareillement comme un toit fort aigu, avec cette différence que les ardoises d'un toit sont couchées les unes sur les autres pour laisser couler la pluye, au lieu que celles-ci le sont en sens contraire pour retenir, et les mulets enboutoient leurs pieds contre ces arêtes ; mais il y a, d'une arête à l'autre, bien plus loin que l'enjambée d'un mulet. Je ne comprends pas comment ils pouvaient s'y tenir ; j'avais bien de la peine à m'y tenir à pied" (revue Pyrénées, Malesherbes dans les Pyrénées en 1767, par Pierre Caillau-Lamicq, IV, n° 3/4, 1990, p. 263).                                                                                                          

   5. Dans une pièce judiciaire datant de 1610 il est question de cinq "voytures" ayant, venant d'Espagne, franchi le port de Plan (d'ailleurs par un chemin décrit comme trés mauvais). L'historien Paul Labrouche (voir la note 3) en conclut, en 1897, que des engins à roues pouvaient y passer. Mais un géographe, Henri Cavaillés, dans un article daté de 1935, rappelle que le mot "voyture" désignait dans le français de l'époque un "transport" ou un "moyen de transport", c'est-à-dire en fait un convoi de "bêtes de somme", et Antoine de Baecque écrit, dans son livre La traversée des Alpes. Essai d'histoire marchée, éditions Gallimard, 2014, p. 161 : Le terme "voiturer" ne doit pas tromper. Une "voiture", dans le jargon des commerçants du XVII au XIXe siècle, est un terme repris du parler montagnard désignant un convoi de bêtes chargées de marchandises".
    Sous l'Empire Dralet parlait de "chemins de cols trop étroits et trop escarpés pour servir aux charrettes".
    L'abbé Marsan (voir note 2) a signalé qu'en 1601 il n'existait "ni chars ni charrettes à deux lieues aux environs".

    Mais Paul Labrouche écrit aussi : "Selon les bergers de Gistain la route de Rioumajou est désignée courammment sous la dénomination de "camino de carros", chemin de chars. De tradition locale les colliers [attelages] franchissaient le col. [...] Ainsi il existait, au moyen âge, un chemin de voitures traversant les Pyrénées centrales [...] Cette voie, encore appelée "chemin royal public" au XVIIe s dans le val de Rioumajou, ne peut être que la contination du "chemin royal antique" d'Aure du XVIe siècle, lequel est le prolongement immédiat du "chemin de César" de l'Astarac, de la "Césarée" du Fezensac et de la "Ténarèse" de l'Armagnac"

                                            
   
     Chemin du Port Vieux et des mines de La Géla, au-dessus du grand replat de la vallée de La Géla (à gauche), et dans la partie basse de la vallée (à droite) : par ses dimensions il est comparable à celui du port de Plan.
 

   6.  Son nom est-il "Port de Plan" ou "Port du Plan" ?  Pour les français le port donne accès au village espagnol relativement important dénommé "Plan" : le "de" paraît donc plus justifié.  Mais l'existence d'une surface plane au sommet du col, invoquée par certains, pourrait justifier à la rigueur le nom "Port du plan". Il a un autre nom, que lui donne les espagnols : "port de Rioumajou", et même parfois celui de "Port du Plan de Rioumajou" (le "plan" serait alors celui où est installé l'hospice de Rioumajou). 
    A noter qu'il y a sur les cartes espagnoles et la carte au 1/ 50000 de Rando éditions n° 23,
à l'ouest de l'hospice de Rioumajou, un "Puerto de la Plana" , à ne pas confondre avec le port de Plan : en fait il s'agit du Port d'Arriouère de la carte au 1/25000 de l'IGN, col nettement plus difficile à franchir que le Port de Plan.

   7.  Selon le Guide Joanne de 1856, "Le port de Plan, bien que plus éloigné de l'Hospice [de Rioumajou] et plus élevé [que le port d'Urdiceto], est le seul qui soit fréquenté, à cause de son voisinage des lieux habités de la vallée de Gistain".

    8.  C'est sans doute ce que veut dire le Guide Joanne de 1856 où est écrit "Quand on croit enfin être arrivé sur la ligne de partage, il faut encore gravir le sommet même de la montagne, qu'on appelle improprement Port. Une croix sur un bloc de marbre y sépare la limite des Deux Etats."

    
9.  Du 13 au 15 août 1911 Jean Bepmale a parcouru avec des amis un circuit à partir de Tramezaygues passant par l'hospice de Riomajou, le sommet de la Punta Suelsa et Bielsa (voir une page de photos). Il a figuré sur une carte, peu différente de la carte d'Etat-major, cet itinéraire. Entre l'hospice de Rioumajou et le port d'Ourdissetou il passe, là aussi (ci-contre, extrait de la carte), par le vallon du ruisseau de Caouarère et le plateau de Mommour (ou "Montagne de Plâa Long") pour monter au port, et non par le ravin du ruisseau de la Plagne, où le sentier du port est cependant figuré.

   10. Ces schistes sont datés du Cambro-ordovicien ou du Silurien par les géologues : de fait ce cailloutis et la morphologie du port de Plan ressemblent beaucoup à ceux du port de Barroude où il s'agit d'ampélite datée du Silurien, et où d'ailleurs on trouve la même flore : des Pensées de Lapeyrouse (voir la page consacrée aux fleurs).

   

   
                                                                                             
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(Sources principales :
   - travaux du géographe universitaire Jean Sermet (1907-2003) sur la démarcation frontalière entre les Hautes-Pyrénées et la Province de Huesca :
" Les frontières des vallées d'Aure et de Bielsa", et "Port du Plan (3527 m). Croix 327" ; Archives départementales des Hautes-Pyrénées ;
   - Alain Bourneton :
"Grands ports des Pyrénées", éditions Sirius, 1986 (chapitre 7 : "Ports de la vallée d'Aure", p. 151), et, dans le "Dictionnaire des Pyrénées", éditions Privat, 1999, l'article "Ports et cols", p. 662 ;
   - Annie Brives :
"Pyrénées sans frontière", éditions Cairn, 2000 ;
   - Breuils A. :"
La Ténarèze", Revue de Gascogne, 1891, p. 548 ;
   - Vincent de Chausenque :
"Les Pyrénées ou Voyages pédestres dans toutes les parties de ces montagnes", éditions Monhélios, 2006, tome 1, chapitre XX, p. 519 ;
   - Guide Ollivier : Pyrénées centrales, III, Vallées d'Aure et de Luchon, course n° 15 (Port du Plan), p. 23) ;
   - Patrice de Bellefon, Michel Clin, Enrique Balcells Rocamora, Jean-François Le Nail :
"Tres serols - Mont-Perdu", édité par l'association "Mont-Perdu Patrimoine Mondial", 2000 ;
   - Antonio Badia, Celia Fontana, Philippe Vivez :
"Rapports historiques de la vallée de Bielsa avec la France", édité par la municipalité et le musée ethnologique de Bielsa ;
   - Les feuilles du pin à crochets, n° 7, Pyrénées frontières : Hélène Velasco-Graciet, La frontière, le douanier et le contrebandier, p. 5 ;
   - Labrouche Paul :
"La grand'route centrale des Pyrénées. Le port de la Ténarèse", Imprimerie nationale, 1897 ;
   - Médan Léopold :
"Une traversée des Pyrénées centrales à la fin du XVIIe siècle. Robinson Crusoé en Gascogne", Revue de Gascogne, 1910, p. 385 ;
   - Revue
Pyrénées, n° 163-164, 3-4 1990 : Malesherbes dans les Pyrénées, par Pierre C. Lamicq, p. 247 ; n° 233, janvier 2008 ; Les gorges de Sainte-Engrâce lieux de passage, par Madeleine Cabidoche, p. 49 ;
   - Jean-François Soulet : "La vie dans les Pyrénées du XVIe au XVIII siècle", éditions Cairn, pp. 138-140.
)