Chemin des mines
Les
mines du pic Liena
Comme son nom l'indique (c'est
ainsi que l'appellent les habitants de la vallée d'Aure), l'existence
du "chemin des mines" (ou "de la mine") est liée à celle des mines
du pic Liena.
| Plan de la page | 1 - Les
MINES de plomb argentifère. Leur exploitation dans les années
1910 et 1920 grâce, 2 - aux installations minières de l'HÔPITAL DE PARZAN 3 - et au transport du minerai par des CÂBLES AERIENS vers la France, et, 4 - le rôle du CHEMIN DES MINES . |
1
- LES MINES
Ce sont des mines anciennes, exploitées peut-être
dès la protohistoire (voir
la page consacrée aux mines de la région du cirque de Barrosa
et à leur histoire),
essentiellement de plomb argentifère,
c'est-à-dire de galène, autrement dit du sulfure
de plomb (PbS), contenant des inclusions d'argent (240 g par tonne).
C'est surtout pour ce métal que ces
mines étaient exploitées, bien que la galène soit le
plus important des minerais de plomb (note
1).
Mais
la galène est associée, comme c'est souvent le cas, à
des minerais de fer,
sous forme également de sulfures : de la
pyrite surtout
(sulfure de fer, FeS2), mais aussi
de
la chalcopyrite (sulfure de
fer et de cuivre, CuFeS2) ; ou sous
forme de sidérite
(carbonate
de fer, FeCO3).
On trouve aussi dans ces gisements des minerais d'autres
métaux : de la blende (sulfure de
zinc, ZnS), de la
fluorite (ou fluorine, minéral du fluor, CaF2).
Ces gisements sont souvent associés à des
plutons de granite et situés dans des failles : c'est le cas ici.
C'est
au début de l'année 1912 qu'est constituée, par
des investisseurs français et belges, la Société
des mines de Parzan, pour l'exploitation en grand des mines
de plomb argentifère du pic Liena et la descente du minerai par
des câbles aériens
dans des installations minières, à l'Hôpital de Parzan,
où il est trié et lavé pour l'alléger de ses scories,
puis son transport en France par un câble transfrontalier (voir
ci-dessous les chapitres 2 et 3).
Les galeries et les excavations, ou les tranchées,
creusées pour accéder aux travers-bancs d'où etait extrait le
minerai de plomb argentifère, se situent sous le sommet du pic Liena,
sur ses versants est (mines dites " Luisa ",
dans une faille du granite d'un petit cirque glaciaire, vers 2450 m, où
le filon est bien visible en aval), et sud, sur le plateau de Liena (mines
"Robert"), dans la zone de contact
entre le granite et les grès rouges du Permo-Trias, vers 2500 m. Les galeries
des deux sites communiquent entre elles (note
2).
(VOIR
AUSSI :
- une page
spéciale qui contient un dessin du plateau de Liena localisant
les mines et des photos des mines Robert, et donne des informations
succinctes sur la formation des gisements métallifères
et leur exploitation ;
- une page
de photos des mines Luisa
).
D'autres
mines, le plus souvent de fer ou de galène, ont été
exploitées dans la région jusqu'au début du XXe siècle.
Quand on visite le cirque et les vallées
de Barrosa et de La Géla
on
peut voir ou repérer les vestiges des mines suivantes
:
- mines de Ruego, dont
les bâtiments ruinés sont traversés par la piste à
l'extrémité ouest du plateau de Liena, exploitées en
1870, semble-t-il, et encore en 1912, et reliées à celles du
pic Liena par un petit câble aérien monté sur des poteaux
de bois
- mines de Mallo Ruego sur le flanc sud de la sierra
Pelada, en rive gauche de la haute vallée du rio Barrosa, entre l'Hôpital
de Parzan et le cirque (au bord du chemin on trouve les ruines de la station
inférieure de son câble aérien)
(voir la page
de photos qui leur est consacrée, et une autre photo dans le
site de Yves
Foulquier et Philippe Poussou) ;
- mine Ana, de galène, sur la rive droite du rio
Barrosa, dont les vestiges sont visibles au bord et au-dessus de la route
1 km environ en amont du village ;
- mines du pic Mener (sur la rive gauche du rio Barrosa,
en face du pic Liena), qui, principalement du XVIe au XIXe siècle,
ont alimenté en minerai de fer les forges de Bielsa, qui produisaient
un excellent fer (note 3);
- mines de La Géla, versant français,
entre le
Port Vieux et le
grand replat de cette vallée (voir la page
de photos qui leur est consacrée).
En
1924, seules les mines du pic Liena, et les mines Ana, étaient
encore exploitées dans la vallée de Bielsa (les mines de Mallo
Ruego, dont la Société des mines de Parzan possède
la concession, ne le sont plus).
(VOIR AUSSI
une page
spéciale consacrée à ces
sites miniers et à leur histoire).
Haut
de page
2 - Dans
les années 1910 et 1920 le minerai extrait
des mines du pic Liena, et descendu par un câble transporteur aérien,
était donc traité aux installations minières de l'HÔPITAL
DE PARZAN, 1000 m plus bas.
C'est un lieu-dit, sur la rive droite du confluent
du rio Pinara et du rio Barrosa qui coule là dans une petite gorge
(connue des canyonistes). Il tient son nom d'un hospice
(ou hôtellerie, auberge, hôpital), dont les vestiges ont aujourd'hui
presque complètement disparu, mais où, à partir du XIIe siècle, des
moines, des Templiers, accueillaient et soignaient pélerins et voyageurs qui
franchissaient à
pied
le Port Vieux ou les ports de Bielsa et de Barrosa. Dans des archives du XIVe
et du XVIIe siècles il est question de "l'hôpital du col",
ou "de Bielsa". Il figure sur
des cartes des XVIIe et XVIIIe siècle, notamment, sous
ce nom d'"Hôpital de Bielsa",
sur la carte de Roussel,
où figure aussi son pendant côté français, associé
à la chapelle des Templiers (note 7).
(cliquer sur la vignette ci-contre pour voir une page consacrée
à la carte de Roussel
du XVIIIe siècle, en particulier la
note 6
au sujet des hospices et hôpitaux) .
Franz Schrader en 1877, et les frères Cadier, le docteur
Verdun, Emile Belloc en 1902, et encore Jean Arlaud en 1933, et même
le guide Ollivier en 1968, signalent la présence, sur la rive droite
du rio Barrosa, un peu en aval de son confluent avec le rio Pinara et de l'ancien
pont, "des quatre murs de ce qui fut l'Hospital de Bielsa".
Ces ruines, photographiées en 1907 par Jean Bepmale (voir
la page de photos
contenant certains de ses clichés), ont disparu lors de l'aménagement
de l'actuelle route internationale en 1975
(note 4).
Les installations minières comportaient
essentiellement une laverie où
le minerai était concassé et trié avant de passer dans
des bassins de décantation pour séparer
ses différentes composantes et le
débarasser des parties stériles (la gangue). S'y ajoutaient,
outre la maison de la direction et des ingénieurs, et les stations
inférieures des câbles transporteurs, un laboratoire, les
logements des ouvriers, des
ateliers, une écurie, une centrale électrique et un transformateur.
Le directeur de l'exploitation a été, à partir de 1919,
Henri Dubreuil.
En
1923 Jean Arlaud y voit une cité ouvrière en pleine activité,
mais en 1933 il dit,
dans ses "Carnets", que son activité a cessé
en 1929 (en fait 1928).
En effet, à la fin des années 1920
la chute des cours de l'argent et du plomb fit que l'exploitation de
ces mines, difficile
en raison de l'altitude,
cessa d'être rentable, bien que l'introduction en 1922 de la perforation
pneumatique, à
la place de la perforation manuelle, pour
abattre le minerai, ait constitué un gros progrès.
En 1928 leur exploitation n'est donc pas reprise.
Les installations sont entretenues en vue d'une éventuelle reprise,
mais en 1937 la Société des mines de Parzan est mise
en faillite, puis vendue en
1943 à la
société Peñarroya, qui jusque dans les années
1950 va continuer une prospection, et l'extraction d'échantillons,
amenés à Espierba par la piste qui franchit la sierra d'Espierba
au col Saratillons, pour les analyser à La Carolina.

< PHOTOS,
CROQUIS et PLAN des installations minières de l'Hôpital
de Parzan, telles qu'elles étaient dans les années 1910 et 1920,
puis telles qu'elles sont devenues plus tard, ruinées et envahies par
la végétation.
Haut
de page
Les
bâtiments sont maintenant en ruine.
Ils avaient beaucoup souffert, au
printemps 1938, des bombardements que
l'aviation franquiste avait fait subir aux villages de la vallée lors
de l'épisode de la guerre d'Espagne connu sous le nom de "Bolsa
de Bielsa". Ils sont maintenant en partie noyés dans la végétation
(pins, bouleaux, etc...) qui malheureusement laisse visibles de vastes déblais
(des "haldes") le long des pans de mur de la laverie. Y est encore
debout, cependant, outre la centrale electrique avec ses machines et le transformateur
attenant, la "Casa Bosar", siège de la direction de
l'exploitation (outre des ingénieurs, y logeait le sous-directeur,
un suisse allemand, qui
s'appelait Jacob Bosshard, d'où
le nom). Pendant la "bolsa de Bielsa", la 43e division d'infanterie
de l'armée républicaine, qui la défendait, commandée
par Antonio Beltràn, y avait établi son quartier général.
Des autres bâtiments il ne reste que des pans de murs.
En 1974 la compagnie Peñarroya, devenue en 1943 propriétaire
des installations minières et des terrains qu'elles occupent, en a
vendu une partie pour permettre la construction de la route internationale;
Le chemin
actuel du cirque de Barrosa passe juste au-dessus des ruines, s'élargissant
là en une large et longue esplanade (facilement accessible en voiture
depuis octobre 2005) qui domine en particulier les déblais et les pans
de mur de la laverie. Lorsqu'il tourne à l'ouest pour monter vers le
cirque on peut voir à gauche la conduite forcée qui alimentait
la centrale électrique, et à droite, dans la végétation,
ce qui reste de la station inférieure du câble aérien
(on passe sous le câble lui-même : voir ci-dessous le chapitre
3 consacré aux câbles).
VOIR AUSSI :
- pour l'accés à l'Hôpital de
Parzan, la page Situation et accés
- pour le chemin du cirque, la page consacrée
à la haute vallée
du rio Barrosa.
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3 - Pendant la période d'activité minière
de l'Hôpital de Parzan le minerai était transporté par
des CÂBLES AERIENS.
La décision ayant été
prise par la Société des Mines de Parzan (qui était
avant 1912 la société "Minas de Ruego") d'évacuer
le minerai par la France, deux
monocâbles transporteurs ont donc été mis
en place. Ils étaient de marque Etcheverry : c'est le nom de
l'inventeur et constructeur qui, en 1902, en a pris le brevet et créé
son entreprise à Paris. C'était l'époque
où la technologie du fer s'était bien développée,
comme en témoignent les viaducs du Viaur, construit entre 1897 et 1902,
et de Garabit, entre 1880 et 1884, et la Tour Eiffel, entre 1887 et 1889.
La technique de transport par câble aérien avait pu se développer
grace à l'apparition du câble métallique en 1840 en Allemagne.
<
Publicité pour les "Transporteurs aériens
Etcheverry".
Etcheverry apporte une innovation : le monocâble. Ce
câble se déplace en boucle entre les stations supérieure
et inférieure. Les
bennes y sont fixées par l'intermédiaire de pinces automatiquement
débrayables dans les stations (voir une page illustrant ce mécanisme).
Le câble est.supporté par des pylônes dont les pièces
(de fer, qui provenait, dit-on, des forges de Bielsa : en fait ce n'est pas
le cas) étaient faciles à transporter et à monter, tels
des mécanos. Ce dispositif fonctionnait donc selon le même principe
que celui des télébennes des stations de ski actuelles. . Des
câbles transporteurs analogues avaient été déjà
installés en Ariège pour l'exploitation des mines du col d'Urets
en 1898, de Bentaillou et de Bulard en 1904.
On peut se demander comment le câble était
mis en place entre les deux stations : d'aprés un panneau d'information
aux mines de La Géla, il était porté à dos d'hommes,
sur un terrain souvent accidenté.
(pour en savoir plus sur
les câbles aériens, voir trois pages richement illustrées
d'un
site consacré aux mines de fer de Mondalazac, dans l'Aveyron)
C'est par un de ces deux câbles, installés en 1911,
que, sur un dénivelé de 970 m, le minerai était descendu
des mines Luisa à l'Hôpital de Parzan
pour y être traité. Le moteur assurant le déplacement
du câble, et un frein, se situaient à la station supérieure,
et un système de mise en tension à la station inférieure.
Trois quarts de siècle aprés l'arrêt de son fonctionnement
il est encore assez bien conservé. Des pylônes ont été
fauchés prés de la station supérieure qui est assez délabrée,
et un autre un peu plus bas, par une avalanche ou le fluage de la neige. Des
bennes sont encore pendues au câble, avec leur chargement de minerai.
Ce monocâble peut être visité en empruntant le
beau et spectaculaire ancien chemin
muletier qui monte de l'Hôpital de Parzan aux mines Luisa, en forêt
dans sa partie inférieure (presque effacé en certains endroits
par la végétation, ou effondré dans sa partie moyenne
escarpée, il était difficile à suivre jusqu'en 2006,
année où il a été balisé et rénové:
voir la page Pic Liena).
La mise en place de ces câbles aériens a été
un progrès considérable par rapport au transport du minerai
par les caravanes de mulets : chaque benne transportait 300 kg, soit la charge
de deux à trois mulets.
Aprés
son enrichissement dans la laverie de l'Hôpital de Parzan, allégé
de sa partie stérile, le minerai était repris par un deuxième
monocâble, transfrontalier, qui, par le col frontalier de Salcorz
(ou port de Héchempy, 2450 m), le transportait en 2h 30 sur plus de
10 km de long, 1000 de montée et 1400 des descente, jusqu'au Pont du
Moudang (1155 m), dans la vallée d'Aure.
Construit au début des années1910, il
a cessé de fonctionner en 1935.
(voir une étude minutieuse de ce monocâble dans le site de
Jean Prugent sur la vallée
du Moudang, n° 17 dans la liste des Liens).
Carte
postale représentant la station de déchargement du minerai provenant
de l'Hôpital de Parzan, au-dessus de la route, un peu en amont du Pont
du Moudang. >
Charrié ensuite par des tombereaux tirés
par des boeufs, sur 20 km, jusqu'à la gare d'Arreau, le minerai était
transporté par chemin de fer (après l'avoir été
dans un premier temps sur des radeaux) jusqu'aux ports de Bordeaux ou Bayonne,
ou jusqu'au Pays basque espagnol, pour y être utilisé dans les
centres métallurgiques.
Sur
le versant espagnol du port d'Héchempy, ce
câble transpyrénéen a été démantelé
et vendu comme ferraille en 1968. Dans les années 1930 son utilisation
avait été envisagée pour le transport de voyageurs
Le minerai était donc d'abord
transporté en France, alors que les mines, quoique proches
de la frontière, sont en territoire espagnol.
Mais,
c'est bien connu, les Pyrénées sont asymétriques. Sur le versant français,
étroit et abrupt, les voies de communication s'approchent de l'axe de la chaîne
par des vallées densément peuplées. En aval de St-Lary, qui n'est qu'à
25 km de l'Hôpital de Parzan, il n'y a plus de difficulté géographique.
Le réseau de voies férrées (qui permettent le transport
du minerai à un faible coût) créé par la Compagnie
des Chemins de fer du Midi (dont les investisseurs sont en partie les mêmes
que ceux des exploitations minières du versant français), pénètre dans
ces vallées (le chemin de fer est arrivé à Arreau en 1897),
et assure ce transport.
Inversement côté espagnol les zones peuplées et les
voies ferrées de la vallée de l'Ebre sont distantes de la chaîne axiale
dont elles sont séparées par une large région faiblement peuplée et dont le
relief tourmenté est semé d'obstacles (il faut faire 85 km pour dépasser
les sierras extérieures et atteindre la plaine de l'Ebre et ses villes).
De plus les chemins et les routes y sont encore en mauvais état (une
route n'a franchi le défilé de Las Devotas, entre Lafortunada et Salinas,
qu'en 1917) (note 5).
Du fait de cet isolement (et de leur modestie par rapport aux
autres gisements de la péninsule), les mines du versant espagnol, si proches
par contre du réseau ferré et des importantes exploitations
minières de la France (dont
celles, voisines, de galène et de blende, de Pierrefitte),
sont négligées par les investisseurs espagnols mais intéressent les spéculateurs
et les compagnies françaises et belges exploitant les mines du versant
français, en l'occurence ceux de la "Société des Mines
de Parzan", créée en 1912 et qui exploitera ces mines
entre 1912 et 1928 (les installations minères seront à partir
de 1943 la propriété de la Société Peñarroya)
(note 8).
D'ailleurs,
au début, le matériel nécessaire à l'équipement
technique des installations minières de l'Hôpital de Parzan
(principalement français et américain) est sans doute venu de
France, transporté à dos de mulet à partir de la vallée
de La Géla par les chemins du Port Vieux ou du port de Barroude d'où
il était descendu dans le cirque (par un chemin plus large que l'actuel
sentier) ou porté aux mines par le chemin des mines à travers
le cirque.
De plus, si les ouvriers étaient majoritairement
espagnols (originaires de régions ayant une longue tradition minière
: Asturies, Euskadi, Andalousie), le directeur et les ingénieurs étaient
français (mais le sous-directeur, ingénieur chimiste, suisse
allemand), tandis qu'un avoué de Boltaña contrôlait les
concessions (note
6).
A noter qu'auparavant, en 1898, il y avait eu, pour franchir
la frontière, un projet extravagant de
câble aérien (d'une
quarantaine de kms de long), entre
le pic Liena et Gèdre, et au-delà Pierrefitte, où étaient
exploitées d'autres mines, projet abandonné par la suite, le
chemin de fer étant entre-temps arrivé à Arreau, en 1897
(voir
une page présentant une carte
de ce projet).
Haut
de page
4 - Quel a été le rôle du"CHEMIN
DES MINES", qui relie les mines du pic Liena à la vallée
française de La Géla à travers le cirque de Barrosa ?
Il a été utilisé, pendant cette dernière
phase d'exploitation, de 1910 à 1929, par le personnel venant de France
pour atteindre ces mines.
Mais auparavant, dans
une phase antérieure d'exploitation, d'ailleurs difficile
à situer dans le temps, probablement dans la deuxième moitié
du XIXe siècle (vers 1890
; aux alentours de 1900 cette phase d'exploitation était arrêtée
depuis assez longtemps si on en croit les récits des pyrénéistes
de l'époque : voir la page Histoire
du chemin des mines), il semble que le minerai ait été
transporté jusqu'en France (dans la vallée de La Géla),
par le "chemin des mines", à dos de mulet, à
travers le cirque (voir à ce sujet un article de Philippe
Vivez dans une brochure éditée par la mairie et le musée ethnologique de Bielsa
: " Rapports historiques de la vallée de Bielsa avec la France ", 1997, et
un autre du même auteur dans la " Revue Pyrénéenne ", 2/2001,intitulé : "
Les sentiers du fer et de l'argent "). Ce chemin
était déja utilisé par le personnel venant de France
pour travailler
aux mines (du pic Liena ou de Ruego), ou pour le transport du matériel
nécesaire à leur exploitation.
< CARTE
(associée à un schéma) montrant
le caractère providentiel de la corniche du cirque de Barrosa pour
l'exploitation des mines du pic Liena.
Si on
regarde une carte (ci-contre) on voit que le pic Liena (2605
m) est séparé de la France par les à-pics du cirque de Barrosa. A première
vue, pour contourner cet obstacle, il aurait fallu faire descendre le minerai
à Parzan (altitude : 1180 m), ou à l'Hôpital de Parzan (1420
m), puis lui faire franchir un des cols frontaliers de la vallée (le plus
bas, le Port Vieux, est à 2378 m).
Par chance il existe, dans les falaises du
cirque de Barrosa, une corniche naturelle, liée à sa
géologie, qui permet de le traverser presque horizontalement. De plus
cette corniche se trouve être de plain-pied avec le plateau faiblement
incliné que constitue le flanc sud de la sierra de Liena où se trouvent
les mines. C'est sur cette corniche, vertigineuse, qu'a été aménagée (à
coups d'explosifs parfois, consistant ailleurs en l'édification de
murettes de soutènement) une partie de cet extraordinaire chemin
des mines, par lequel, semble-t-il, des caravanes de mulets, chargés du minerai,
traversaient le cirque, du col d'Espluca Ruego (2493 m) au port de
Barroude (2534 m), sans grande perte d'altitude (le point le plus
bas se situant vers 2300 m). De toutes façons ce chemin servait
au déplacement du personnel des mines entre celles-ci et la France,
et au transport de matériel.
(voir, dans la page Histoire
du chemin des mines, des citations de récits de pyrénéistes
ayant visité le cirque de Barrosa vers 1900).
Haut
de page
Le chemin continue sur le versant
français du port de Barroude (voir la page Versant
français), où un câble aérien, d'une seule volée de presque
400 m, faisait probablement franchir au minerai la barre rocheuse soutenant
le balcon de Barroude. Dans la vallée de La Géla, par un autre chemin, plus
large, qui rejoint celui qui descend du Port Vieux et des mines de La Géla,
des chars à bœufs l'acheminaient en vallée d'Aure.
| On peut penser que sans cette corniche providentielle, dans le cirque de Barrosa, directement liée à sa structure géologique en deux étages (nappe de charriage sur un soubassement), l'exploitation des mines du pic Liena n'aurait peut-être pas été possible avant l'installation des câbles aériens de l'Hôpital de Parzan au début du XXe siècle. |
| La
ferraille et la montagne D'un côté il est permis d'estimer que les vestiges des exploitations minières, les galeries, les déblais, les bâtiments en ruines, les structures métalliques rouillées, déparent la montagne, et souhaiter leur suppression, comme cela a été fait sur certains autres sites miniers. Mais d'un autre côté on peut penser que ce serait dommage : en effet ils font partie d'un patrimoine industriel qui mérite d'être protégé, valorisé et visité, en raison de son intérêt historique et technique. Ces vestiges témoignent d'un chapitre de l'histoire sociale et économique des Pyrénées, trés ancienne mais se prolongeant jusqu'au XIXe siècle et au début du XXe, époque d'essor industriel et d'innovation technique lors de laquelle des investisseurs et spéculateurs aventureux, saisis par la fièvre minière, ont donné l'occasion à des ingénieurs de construire des chemins vertigineux et, mettant à profit la nouvelle technologie du fer, d'imaginer de longs transporteurs aériens exclusivement métalliques dont on peut encore admirer l'ingéniosité, la simplicité et l'audace. Il ne faut pas non plus oublier les nombreux ouvriers, majoritairement espagnols, qui ont travaillé, dans les dures conditions de la montagne et pour de petits salaires, à la construction de ces installations et à l'exploitation des mines. |
3.
Le pic Mener (2450 m.) se situe
entre les vallées du rio Trigoniero au nord et du rio Urdiceto au sud.
Son versant ouest domine la rive gauche (est) du rio Barrosa, en face des
pics Liena et La Mota qui dominent la rive droite (photo ci-contre).
Son nom, d'origine pré-romaine, évoque une
activité minière ; on le retrouve ailleurs sous cette forme
ou sous la forme Mené (dans le massif de la Punta Suelsa notamment)
ou Mened.
< Depuis
le col entre pic Liena et pic La Mota, vue sur le versant ouest du pic
Mener, par delà la vallée du rio Barrosa (qui coule de gauche
à droite), entre la vallée du rio Trigoniero à gauche
(dominée par le pic de l'Espade auquel se rattache le pic Mener) et
la vallée du rio Urdiceto à droite qui la sépare du massif
des Puntas Suelsa et Fulsa ; au fond le massif des Posets.
C'est dans son versant ouest (fait de granite souvent
décomposé en bas, de schistes en haut), entre 1800 et 2200 m.
d'altitude, au-dessus de la forêt, qu'on trouve des vestiges d'
exploitation minière (d'après Philippe Vivez, dans son article
: "Que savons-nous sur les mines de Mener", 2008) :
- un chemin muletier, bien tracé dans la forêt mais
envahi par la végétation, difficile à suivre au-dessus
car disparassant sous les éboulis mais mais bien visible à des
endroits où il est creusé dans le rocher ; il donne une branche
vers une plate-forme qui pourrait être le départ de la glissère
en bois pour faire descendre le minerai jusqu'aubord du rio Barrosa) dont
parle en 1781 l'abbé Palassou (voir la page consacrée à
l'histoire des mines
de la région) ; ses traces sont repérées plus haut
sur le versant nord en direction de la haute vallée de Trigoniero et
du port d'Héchempy par où le minerai a été à
une époque transporté à la forge française du
pont du Moudang ;
- 4 bouches de galeries
et une tranchée ;
- des ruines de 2 cabanes ;
- des dépôts de minerai de fer (on en trouve déjà
de petits morceaux le long du chemin dans la forêt, tombés lors
du transport).
Ce minerai était du sulfure (pyrite), du carbonate
(sidérite), ou de l'oxyde (hématite) de fer, d'excellente qualité
: il a fait la grande réputation de la production de fer par les
forges de Bielsa. Il était utilisé pour la fabrication d'outils.
Les grilles du palais-monastère El Escorial, près de Madrid
ont été forgées avec ce fer. Il aurait servi, dit-on,
à la fabrication des pylônes et des câbles aériens
des mines du pic Liena dont on peut en admirer l'état de conservation
(en fait ce n'est pas le cas).
Son exploitation est mentionnée dans les archives à
partir du XIIIe siècle et s'est prolongée au moins jusqu'au
XIXe (alors sous l'impulsion d'un fameux ingénieur français,
Georges Sauvage), active surtout entre le XVIe et le XVIIIe (peut-être
sous le nom de lieu "Plan de Lores")
(voir aussi la page
de photos des mines
de la région).
4.
Le Docteur Verdun, pyrénéiste du CAF, écrit
dans l'Annuaire du Club Alpin Français, année 1902 :
"Un
peu en aval du confluent [entre les rios Barrosa et Pinara], aprés
une descente un peu rapide à travers les buis, le sentier rejoint le
chemin muletier trés fréquenté qui va aux ports de Bielsa,
de Héchempy et de Moudang, et qui, quelques pas plus haut, traverse
le torrent sur un petit pont de pierre [photo
ci-contre ; Puen de Tartico sur la carte Prames], fort pittoresque, entouré
d'une végétation luxuriante. La vallée que l'on suit
dés lors, et qui mène directement au village de Bielsa, est
fort étroite, dirigée Nord-Sud, boisée sur les deux versants.
Dans la partie la plus étroite, non loin du pont, on aperçoit
sur le bord du sentier les ruines d'un hospice, sorte
d'auberge qui servait de refuge aux voyageurs traversant la vallée,
ou surpris par la tempête. Ces refuges se retrouvent dans beaucoup
de vallées, sur les deux versants de la chaîne, et quelques-uns,
comme l'hospice de France de Vénasque, sont fort bien entretenus. Celui
de Bielsa avait été bâti, dit-on, par les Maures et l'hospitalité
la plus cordiale y était donnée. Plus tard l'hospice acquit
une mauvaise réputation ; les voyageurs n'y trouvaient plus une sécurité
parfaite, et les légendes relatives à des crimes qui y auraient
été commis courent encore dans le pays".
Dans un article daté de 1902 (De la vallée
d'Aure à Gavarnie par le nord de l'Espagne) Emile Belloc écrit
:
"[...] l'ancienne maison hospitalière n'était
toujours qu'un monceau de ruines. Telle je l'avais vue les années précédentes,
telle je la retrouvais aux trois-quarts effondrée. Les murailles lézardées
soutenaient à peine deux ou trois poutres ou chevrons rougis et noircis.
Il y avait encore par-ci par-là quelque menus fragments de toiture
ou de plancher suspendus dans le vide. Quant aux portes et aux fenêtres,
inutile d'en parler : il n'en restait plus trace. Les débris informes
de cette carcasse eventrée, gisant pêle-mêle, formaient
un amas incohérent dont la végétation spontanée
s'était emparé."
7. L'Hôpital
de Parzan figure aussi sur une carte du diocèse de Barbastro
dréssée en 1619 par Juan Bautista Labaña et publiée
dans un atlas en espagnol entre 1659 et 1672 (extrait ci-contre
; le nord est à droite). Il est situéau bord du rio Barrosa,
en amont de Parzan et Chisagües, au débouché du "Pto
Viejo" et du port d'"Ordiceto", sous le nom "Venta",
qui signifie auberge isolée, lieu perdu, avec parfois une connotation
péjorative puisque l'expression "es una venta" veut
dire "on y écorche les clients".
8.
Pourquoi des investisseurs étrangers ? Privé au
début du XIXe siècle des métaux précieux qu'il
retirait de ses territoires américains, du fait de leur leur indépendance,
l'Etat espagnol manque d'argent. Les exportations sont loin de compenser
ce manque à gagner et les guerres ont considérablement grossi
la dette publique. De plus beaucoup de capitaux privés ont été
employés à acheter les biens duclergé et les communaux.
Pour financer son industrialisation, l'Espagne n'a d'autre solution que de
faire appel aux capitaux étrangers qui, à partir du milieu
du siècle s'investissent dans des secteurs tournés vers l'exportation,
en particulier les mines, dont les minerais deviennent alors intéressants
du fait des progrès de la chimie industrielle et de l'électricité
(Histoire de l'Espagne, par Joseph Pérez, Fayard, 1996, p. 560).