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    Franz  SCHRADER et les pionniers du pyrénéisme
   découvrent le cirque de Barrosa

    Franz SCHRADER  (1844-1924), grand pyrénéiste, géographe, écrivain, peintre, quitte le village de Bielsa le 12 août 1877(note 1), accompagné du célèbre guide Célestin Passet et d'un jeune militaire espagnol, pour remonter la vallée du rio Barrosa "à la recherche, dit-il, du cirque que je croyais avoir aperçu sous mes pieds du haut de La Munia [en 1875]". N'ayant pu obtenir à son sujet aucun renseignement tant soit peu clair, l'existence de ce cirque commencait à lui paraître douteuse. Après la traversée du village de Parzan (ce jour-là en fête) ils dépassent "les quatre murs de ce qui fut l'hospice de Bielsa" et s'engagent dans la haute vallée du rio Barrosa. Au bout de 15 ou 20 minutes, au sortir de la forêt, Franz Shrader découvre, le premier parmi les pyrénéistes français, le cirque de Barrosa.

<  Franz Schrader vers l'age de 30 ans, donc pas loin de celui qu'il avait lorsqu'il a découvert le cirque de Barrosa (photographie carte de visite, reproduite dans le livre "Franz Schrader, l'homme des paysages rares", sous la direction d'Hélène Saule-Sorbé, éditions du Pin à Crochets, Pau, tome 1, p.90)

  Schrader est enthousiasmé par cette découverte. Dans le récit qu'il en fait (
paru dans l'Annuaire du Club Alpin Français, de1877, intitulé "Montagnes de Bielsa et pic de Cotiella", p. 35, et reproduit dans le livre "Pyrénées", tome I, Courses et ascensions, Privat-Didier éditeurs, 1936, p.173) il écrit :

      "[...] une large vallée, noire de sapins et hérissée d'aiguilles granitiques, s'ouvre jusqu'à la base d'un des plus beaux cirques des Pyrénées. Deux gradins superposés, l'un de granit en forme de coupe striée de cannelures verticales, l'autre de roches siluriennes et dévoniennes, en haute muraille ininterrompue, supportent les glaciers de Las Louseras et de La Munia. A peine pouvons-nous croire qu'une telle merveille ait échappé à tous les regards alors qu'on parle depuis cent ans du cirque de Troumouse. Nous sommes à 1500 mètres environ ; c'est donc de 1650 mètres que la cime de La Munia nous domine, tandis que le versant opposé ne s'abaisse que de 1000 mètres sur Troumouse. Les glaciers, les murailles du sommet, la haute cascade qui ruisselle au fond du cirque rappellent Gavarnie, mais je ne saurais à quoi comparer l'hémicycle granitique, si admirablement régulier, qui supporte le premier gradin. Rien n'y ressemble dans les Pyrénées. Je tiens à résumer mon impression d'une façon aussi froide et aussi réfléchie que possible, et à me méfier de l'enthousiasme. Cependant je crois que le cirque de Barrosa sera généralement trouvé supérieur à celui de Troumouse et que, si ce dernier est plus étendu, Gavarnie plus sévère, Pinède plus massif, Cotatuero plus fantastique et plus coloré, le cirque de Barrosa est peut-être plus harmonieux. Comme dimension, il est à peu prés équivalent au Cirque de Gavarnie. Ceci dit, j'ajouterai à ma description, volontairement écourtée, le même conseil que je donnais l'an dernier pour le Cotatuero et le mur d'Arrasas ; "Allez-y ; les merveilles des cirques français ne dépassent point celles des cirques espagnols ; il y a là toute une région prodigieuse d'originalité et de grandeur, et presque absolument inconnue."

   A distance du fond du cirque Schrader s'arrête pour peindre une aquarelle, et faire un dessin du cirque, et même une photo.
   
Il revient sur ses pas sans être allé jusqu'au fond du cirque et n'a donc pas vu l'autre partie du cirque, la plus petite, celle qui s'étend sous le port de Barroude. Il en ignorera l'existence lorsqu'il dressera sa première carte de la région.
   
    Avant sa découverte par Schrader le cirque de Barrosa était donc presque totalement méconnu des pyrénéistes français (du moins de ceux qui avaient la possibilité de publier leurs récits de courses), et sans doute des pyrénéistes espagnols. Curieusement il était même très mal connu des habitants de Bielsa : Schrader écrit qu'au retour à l'auberge "le récit de notre course excita une certain étonnement, et [...] il me fallut montrer mes dessins pour convaincre mes hôtes de l'existence du Cirque de Barrosa".
   Son récit a rendu le cirque "fameux", mais il est resté longtemps "mystérieux". "A la fin du XIXe siècle, a écrit Henri Béraldi, il n'y aura pas dix pyrénéistes qui auront vu le cirque mystérieux de Barrosa".
Il sera visité par, entre autres, Lucien Briet en 1897 ("je visitais ce fameux cirque de Barrosa qui me hantait l'esprit, écrit-il, depuis le desssin qu'en avait publié M. Schrader") , puis par le Dr Verdun, et les frères Cadier en 1902 , qui du fond de "cette merveille" montent au sommet de La Munia (voir : la deuxième partie de cette page, ci-dessous, et la page consacrée à l'histoire du cirque). Par la suite il semble être tombé longtemps dans l'oubli. Actuellement il reste peu connu des pyrénéistes français, et selon un internaute montagnard, il le serait encore moins, paradoxalement, des pyrénéistes espagnols.

< Cliquer sur cette image pour voir comment Schrader a peint et dessiné le cirque de Barrosa
   Dans dans cette page,

   - il est aussi question,
en note 1, de la controverse Briet-Schrader ;
   - on trouvera en note 2 de courtes citations de textes de Schrader
, illustrant son talent littéraire. 

   
   Voir aussi une page contenant une "
vue idéale" de la région du cirque dessinée par Schrader pour illustrer les Guides-Joanne puis les guides Bleus (note 2), et une remarque sur la façon dont il l'a cartographiée.


                                                                                              *     
   
A la suite de Schrader, d'autres  pionniers  français du  pyrénéisme ...

 ..., d'ailleurs peu nombreux, vont, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, visiter ce cirque de Barrosa, révélé par lui mais resté longtemps mystérieux (note 3), et en parler dans leurs écrits , ou le photographier (en voir d'autres citations dans la page Histoire du chemin des mines) :
                                        
   *  Le 13 août 1878, le comte Henry RUSSELL fait depuis Héas, par le col de La Munia, l'ascension du pic de Las Louseras [ou Robiñera], au sommet duquel il surplombe le cirque de Barrosa. Dans Souvenirs d'un Montagnard il en fait le récit (p. 278 du tome I de la collection de poche des éditions PyréMonde-PRNG 2008 (note 1) :
  "[...] nous attaquâmes las Louseras de l'Ouest à l'Est, escaladant pendant une heure une espèce de falaise fatigante et feuilletée,muraille d'ardoises tranchantes, que coupent de haut en bas des sentiers naturels mais tortueux et ça et là extrêmement raides. (Il paraît qu'en patois las Louseras veut dire "ardoises". En ce cas-là, le pic est bien nommé !). L'absence totale de neige redoublait notre fatigue. Passant enfin au sud du Pic, nous en foulâmes la cime [...]. Chose incroyable , elle ressemblait à un jardin ! Elle était toute couverte de fleurs [...]. A l'Est, au fond d'un gouffre, se déroulait un beau glacier, à crevasses larges et parallèles. D'affreuses ténèbres régnaient dedans
[il s'agit de la selle neigeuse, occupée aujourd'hui par un simple névé, du versant Est du pic Robiñera : voir la page Robiñera, et une page où il est question de glaciers]. A l'O.-S.-O., miroitaient ceux du Mont-Perdu, et tout autour de nous, il faisait froid et gris. [...] comme notre notre solitude devint triste et complète, lorsque nous eûmes fait fuir à l'Est, dans les abîmes épouvantables du cirque de Barrosa, une colonie gracieuse d'isards qui, pendant quelques secondes, nous avaient contemplés du haut d'une sorte d'aiguille, avec l'oreille tendue, la tête penchée, et toutes leurs jambes prêtes à bondir, en ayant l'air de se demander si nous étions méchants !"

                                                                        Le comte Henry Russell, le 31 juillet 1904 (note 4)  >

   * Deux ans aprés Franz Schrader, en 1879, remontant comme lui la haute vallée du rio Barrosa, Emile BELLOC (pyrénéiste toulousain, musicien, intéressé par la géologie, connu surtout pour son étude des lacs pyrénéens et sa défense d'une juste toponymie) dit aussi son admiration pour le cirque de Barrosa, "cette merveille pyrénéenne" (dans un livre paru en 1902, De la vallée d'Aure à Gavarnie par le nord de l'Espagne) :
   "[...] le voyageur surpris et charmé par la grandeur du spectacle, voit s'ouvrir devant lui une large vallée aux flancs couverts de sapins séculaires, terminée par un cirque immense, dont rien ne pouvait d'en bas, faire soupçonner l'existence.
  L'architecture grandiose et les énormes proportions de ce cirque, en font un des sites les plus agrestes, les plus sauvages et les plus remarquables des Pyrénées.
  La base nue, demi-circulaire, sur laquelle s'appuie la masse tout entière de ce formidable hémicycle, est constituée par un empâtement de granite, dont la partie inférieure crevassée, fendillée de haut en bas et entièrement redréssée, se continue en pente moins rapide jusqu'à une assez grande hauteur. Cet empâtement forme le soubassement du cirque et limite le prelier gradin. Au-dessus, des murailles verticales de shiste silurien, dont l'oeil ose à peine mesurer l'élévation, supportent à leur tour la plateforme supérieure du vaste amphithéâtre, couverte de glaciers, hérissée de vertigineuses cimes
(Serra Mourine, Las Loseras) parmi lesquelles celle du Pic de La Munia s'élève brusquement d'un seul jet, jusqu'à 3.150 mètres de hauteur.
  Par un beau jour d'été, vu à travers l'atmosphère idéale qui donne aux régions pyrénéennes un attrait si puissant, le Cirque de Barrosa, merveilleussement coloré, paraît encore plus colossal. Ses escarpements rougeâtres, tour à tour frappés de jets de lumière éclatante ou noyés dans la pénombre d'un clair obscur mystérieux, prenant des teints fauves dont les tonalités, vigoureuses et chatoyantes, s'harmonisent admirablement avec la blancheur un peu crue des neiges sans souillures qui couronnent le cirque et forment une étincelante auréole autour des grands pics décharnés".

   *  Le 7 septembre 1892, le baron Bertrand de LASSUS, parti d'Héas, ayant franchi les Hourquettes d'Héas et de Chermentas , arrive aux lacs puis au port de Barroude, d'où il fait une incursion dans le haut de la partie nord du cirque pour camper dans une "ancienne baraque".

                                                                      Haut de page

   *  Un autre grand découvreur de la montagne pyrénéenne, Lucien BRIET, surtout connu pour ses descriptions du haut Aragon, et les photos de ses sites, de ses villages et de ses habitants, visite "ce fameux cirque de Barrosa qui hantait son esprit depuis le dessin qu'en avait publié M. Schrader" ("cette merveille du Haut-Aragon" dit-il aussi).
    Il se livre lui aussi au jeu des comparaisons (dans Explorations pyrénéennes, Bulletin de la Société Ramond, 1er trimestre 1902, sous le titre Autour du Mont Perdu, La Géla et le cirque de Barrosa, p.23) :
   
   " Chacun des grands cirques pyrénéens possède une beauté qui lui est propre. Si Gavarnie l'emporte par ses étages et sa cascade, Troumouse par son immensité, Estaubé par sa couronne murale, La Géla par sa fortification, le Cotatuero par ses dolomites, Pinède par sa terrasse, Barrosa peut s'enorgueillir de son dôme de neiges ruisselantes."

   Pour comparer les cirques pyrénéens il conseille de faire le long périple (cinq jours) passant successivement par ceux de :
  1- Gavarnie ; 2- (par la hourquette d'Alans) Estaubé ; 3- (par Héas) Troumouse ; 4- (par la hourquette d'Héas et celle de Chermentas) Barroude ; 5- (par le port de Barroude) Barrosa ; 6- (par le col de Robiñera) Pineta ; 7- (par le col de Niscle) Cotatuero et Salarous, dans la vallée d'Arazas.

   
     Les 30 et 31 juillet 1897, venant de La Géla,
il a visité la partie nord du cirque de Barrosa (que Schrader n'avait pas vue) et, entre le port de Barroude et le col de Louseras (ou de Robiñera), emprunté le "chemin de la mine" sur la corniche de la falaise nord.
    (Au sujet de Lucien Briet, voir la page Histoire du chemin des mines, donnant accés au récit qu'il a fait de cette excursion, illustré des photos qu'il a réalisées à cette occasion).

   
     

   *
 Le 9 août 1902 un membre du CAF, le Docteur VERDUN, venant lui aussi de la vallée de La Géla, franchit le port de Barroude avant de descendre dans le cirque de Barrosa. Il écrit (dans l'Annuaire du Club Alpin Français, année 1902, sous le titre "Quelques courses dans le Nord de l'Aragon", p. 222) :
 
    "
Sur le versant espagnol le panorama est non moins beau. La vue plonge en effet sur cet imposant cirque de Barrosa qui, sans avoir l'aspect grandiose du cirque de Gavarnie, n'en est pas moins majestueux. C'est une vaste enceinte, dominée à l'ouest par une muraille de plus de 1000 mètres, montant jusqu'aux cimes neigeuses
des Pics de Serre Mourène, de Troumouse, de La Munia et de las Louseras, et le long de laquelle coulent de nombreuses cascades alimentées par les glaciers supérieurs." (note 7)
 

 

   Photo illustrant ce même article, avec la légende : Cirque de Barrosa : à droite, la Munia et le pic de Troumouse ; à gauche, le Pic de las Louseras [pic Robiñera] ; photographie du Dr Verdun (voir la page de photos consacrée aux aquarelles et dessin de F.Schrader).>

   

   *
 Quelques jours aprés, les 15 et 16 août 1902, les cinq frères CADIER, venant de Parzan par la vallée de Barrosa, au cours d'une grande randonnée de l'Aneto à La Munia, découvrent à leur tour le cirque : "une merveille" disent-ils dans leur récit (Au pays des isards, Les amis du livre pyrénéen, Pau, 1968). Aprés avoir gravi l'étage inférieur du cirque, ils croisent le "chemin des mines", puis grimpent directement, des abords du col de Robiñera, au sommet de La Munia par un large couloir rocheux (note 5).

   *  Entre 1907 et 1913, Jean BEPMALE, homme politique, maire de Saint-Gaudens de 1884 à 1921, passionné, entre autres, de montagne et de photographie, a effectué, aprés sa traversée des Pyrénées en 1906, de multiples excursions de plusieurs jours, accompagné de membres de sa famille et d'amis, dans le Sobrarbe, passant de la vallée d'Aure dans celle de Bielsa par le port de Bielsa ou le Port Vieux, mais aussi parfois par le port de Barroude, donc par le cirque de Barrosa. Il a peu écrit, mais pris beaucoup de photos : en particulier du cirque et de la vallée de Barrosa, dont une de l'Hôpital de Parzan (note 6).

   * En 1936, Andrée MARTIGNON (1888-1977 ; écrivain, poète, pyrénéiste), écrit dans un article intitulé Barroude et la Géla (paru dans le numéro 296, daté de mars 1938, de la revue du CAF, La Montagne, illustré de photos de Maurice Heid [voir la page consacrée au port de Barroude) ces lignes :   
  "Nous sommes au Paso de Barrosa, et la fête est inoubliable qui s'offre à nos yeux. Ce cirque fameux, découvert en 1877 par Schrader, nous ne le verrons pas en son développement et sous l'angle favorable, gênés que nous serons d'ailleurs par l'éperon que projette à l'est la Munia ; mais nous avons le pressentiment de sa grandeur, car il s'élève, de ces fonds étranges et cahotés, la promesse d'une beauté d'essence originale.
  Pour le voir dans sa fastueuse intégrité, il faudrait que nous atteignions le Paso de Barrosa en venant d'Espagne, par le val de Parsan, suivant le barranco et la voie stérile, déserte, aux cailloux blanchis, décrite par les frères CADIER (Au pays des izards)
[voir la page de photos consacrée à Schrader, note 5 ]. Ainsi connaîtrions-nous, dans sa saisissante ampleur et son admirable dessin, l'entonnoir géant de Barrosa, couronné par les glaciers de Las Louseras [Robiñera] et la Munia.
  De longues pages seraient nécessaires pour parler de lui".
  
   *  Plus tard, en 1978, d'autres frères, les frères Jean et Pierre RAVIER, feront, avec leurs fils, l'ascension de La Munia sur les traces des Cadier : la découverte de "ces lieux magiques", sont pour eux, "éblouis", de "merveilleux souvenirs". Les années suivantes, jusqu'en 1982, ils vont revenir dans le cirque de Barrosa pour parcourir le chemin des mines (le "Camino Barrosa"), et faire de grandes escalades : éperon de Las Bachetas, pilier Barrosa au Robiñera (voir la page Escalades , et la page Histoire).

   
    
                                                                                 
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   NOTES :
  
 1.
 Pour de brèves biographies de Franz Schrader, voir des pages dans les sites : www.pyrenees-team.com (n° 14 dans la liste des liens), ou www.pyrenees-passion.info.
   Le 9 août 1877, Schrader, accompagné du guide Célestin Passet (de Gavarnie), agé de 32 ans, qui n'est pas encore le grand guide pyrénéen qu'il sera plus tard, gravit La Munia par le cirque de Troumouse où il revient coucher le soir dans une des "deux cabanes d'Hérès". Le lendemain il remonte à La Munia, d'où il descend sur les lacs de La Munia, franchit le col de Las Portas et passe la nuit près d'une cabane de l'"Estibette" (flanc sud du picde Chinipro°). Le 11, par "Espierbe", il arrive à Bielsa (où il remarque que le calcaire crétacé de la Punta Salinas repose sans intermédiaire sur les grès rouges permiens, posés eux-mêmes sur le socle de granite).

  2. Cependant les guides-Joanne (au moins à partir de l'édition de 1890, à la page 202) décrivaient déjà l'excursion de Bielsa au cirque de Barrosa, et le cirque lui-même, s'inspirant probablement du récit de Schrader. Cette description y est illustrée sur une double page par la "vue idéale" des "montagnes de Bielsa" dessinée par Schrader, mentionnée ci-dessus.

  3. On peut en cliquant ici consulter l'édition originale (1878) du livre de Russell dans le site Gallica2 de la Bibliothèque nationale de France : le chapitre intitulé   "Las Louseras (3075 mètres)" est à la page 324.
   
  
A propos du livre "Souvenirs d'un montagnard", du Comte Henry Russell : il y en a eu plusieurs éditions (répertoriées en février 2009) :
  - cette édition de 1878 (imprimerie Vignancour, Pau), dite "au Gave", interdite à la vente, dont les exemplaires ont été distribués à des amis puis détruits
(les derniers jetés dans le Gave de Pau selon la légende), sauf de rares rescapés ;
  - une première véritable édition en 1888 (imprimerie Vignancour, Pau) où les récits d'ascensions sont ordonnés géographiquement d'ouest en est,
et en 2 parties (Pyrénées françaises et franco-espagnoles, et Pyrénées espagnoles) ;
  - une deuxième et définitive édition en 1908 (imprimerie Vigancour, Pau ;
réimprimée par les éditions Slatkine en 1979), revue et corrigée par l'auteur, avec une troisième partie intitulée "Varia" (reprenant un livre édité en 1902 sous le titre "Pyrénaïca" qui regroupait des articles parus dans des revues) ;
  - cette deuxième édition a été rééditée en 1930 (par Edouard Privat à Toulouse et Henri Didier à Paris), en 2 volumes, avec une présentation par le Dr Sabatier, et des photos.
   Récemment elle a été de nouveau rééditée par les éditions :
  - Librairie des Pyrénées & de Gascogne-Princi Negue en 1999
(1 volume) et 2002 (2 volumes) ;
  - Cairn en 2003 ;
  - PyréMonde-PRNG en 2005 (1 volume), et 2008
en collection de poche (2 volumes, le 2ème tome étant intitulé "Pyrénaïca,  Souvenirs d'un montagnard", tome II), 27 enros ;
  - MonHélios en 2009 : édition du centenaire (1909-2009), suivie de In memoriam de Henri Brulle et Russell et la postérité de Louis Le Bondidier, 39 euros (ci-contre).
    
  4. 
  
Détail d'une célèbre photo prise le 31 juillet 1904 par l'appareil automatique de Louis Robach devant les grottes Bellevue au Vignemale où il rend visite à Henri Russell lors de la dernière excursion de celui-ci au Vignemale (Louis Robach raconte : "Le comte Russell me fait un accueil très cordial et il m'offre l'hospitalité pour cette nuit sous son toit de pierre. Avant la nuit il veut bien me permettre de le photographier ; je prends trois vues avec l'appareil automatique sans grand espoir de réussite, il est 6 h 20 et le ciel est couvert").
   Une de ces trois vues, où figurent, outre le comte, Louis Robach lui-même au centre, et Mathieu Haurine, guide de Russell, à gauche, figure dans un album d'Emile Rayssé qui l'a légendée : "Le comte Henry Russell au Vignemale (3298) à sa 33e et dernière ascension, en Août 1904" ; elle est reproduite dans la revue Pyrénées, n° 259, juillet 2014, dans un article de Pierre Sarthoulet intitulé "Louis Robach", p. 74, où est également reproduite la célèbre carte postale éditée à Pau par Célestin Carrache, tirée de cette photo mais amputée de la partie où figure Haurine et légendée : "Le Comte Henry Russell. - Sa dernière excursion au Vignemale."
    (images ci-dessous : en haut la photo originelle, légèrement recadrée, en bas à gauche telle qu'elle figure dans l'album d'Emile Rayssé, en bas à droite la carte postale qui en a été tirée).

   
                            
   
Elle est également reproduite dans d'autres livres :
  - le livre d'Antonin Nicol, "Les grands guides des Pyrénées de 1817 à 1958", éditions Monhélios, 2002, p. 169 ;   
  - une autre des trois photos prises par l'appareil de Robach est reproduite dans la biographie de Monique Dollin de Fresnel, "Henry Russell (1834-1909), Une vie pour les Pyrénées", éditions Sud-Ouest, 2008, page 353 (à la page
suivante est reproduite aussi une photo de Russell prise par Roger Brulle en Août 1904, au même endroit) ;
  - la carte postale figure aussi à la page 254 du livre "Pyrénées, voyages photographiques de 1839 à nos jours", sous la direction d'Hélène Saule-Sorbé, Editions du Pin à crochets, 1998.

    5. Un passage de ce récit (p. 56 du livre cité) mérite d'être cité, celui où ils racontent comment ils découvrent le cirque en remontant la haute vallée du rio Barrosa (avant la mise en place des installations minières de l'Hôpital de Parzan, qui ont fonctionné à partir de 1912), et la nuit au clair de lune qu'ils passent au pied de la muraille (voir des illustrations dans une page consacrée à la haute vallée du rio Barrosa) :

   "Un chemin caillouteux, sur la rive droite du rio Cinca [en fait rio Barrosa] nous mène aux ruines de l'"Hospital" de Bielsa. Trois minutes plus loin, nous quittons le torrent dont les cascades grondent, pour prendre, à gauche, un bon sentier.
   Apparition subite de la portion du
cirque de Barrosa que domine Las Loseras. La vallée large, bordée d'à-pics, est l'avenue qui y conduit.
   Dés l'entrée l'émotion vous saisit. Dans le soir mat, la sécheresse, la stérilité, la désolation sont telles, qu'on a le sentiment d'être dans un autre monde, comme devant un paysage lunaire fantastique. Pas une goutte d'eau. Dans le talweg, un tapis de pierres grises, où se dressent des pins, pareils à des ifs funéraires. C'est une nécropole d'une infinie tristesse.

  Soudain, émerveillement : les eaux courantes reparaissent partout, blanches le long des cascades, vertes dans les vasques, où se mire un feuillage trés doux. Une cabane se plante au bord du chemin ; des oiseaux animent de leurs chants les rochers silencieux ; et, là-haut, dominant le mur sombre du cirque, les nuages qui font panache sur les cimes, frissonnent sous la dernière caresse du soleil. Une couronne de rubis, de vieil or et de feu flotte entre ciel et terre.
  Quelques pas encore, et cette gloire s'éteint. Plus de lumière au ciel, plus d'eau sur la terre, ni d'oiseaux, ni d'arbres ; plus rien que le cirque noir et glacial, avec sa régularité implacable, et ses cascades blafardes, muettes et immobiles.
 Devant cette nature figée un vertige vous prend ; on se sent englouti par le colossal hémicycle, comme en un tombeau où s'accumulent les ténèbres et où aucune vie n'a le droit d'exister.
  Tout frémissants, nous quittons le milieu du cirque et revenons sur nos pas. Notre campement est moins loin, sur le gazon, entre deux rochers, prés d'une source, à la haureur des derniers arbres.
  Nous n'osions plus regarder vers le cirque féroce, lorsque, levant les yeux avant de nous coucher, un spectacle inattendu se présente. C'est une immense grisaille, mouchetée d'ombres et de plaques blanches. Tout s'estompe dans un vague discret. Les pics ont perdu leurs terreurs ; leurs pointes sont à peine visibles ; leurs contours sonr insaisissables. Un mystére paisible emplit la montagne, sous les pâles étoiles. Le cirque phosphorescent revêt une étrange grandeur qui nous rassure et nous enchante : magie du clair de lune.
    [...]"
   
Le lendemain matin :
   "Le cirque s'éveille avec nous. En quelques minutes, l'Orient l'inonde de ses rayons. Mille couleurs brillantes jaillissent de la nuit. Les cimes se profilent dans l'azur léger.
      Nous arrivons au fond de l'énorme entonnoir (1630 m.
[en fait 1700]).Les précipices de Las Loseras lancent leurs aiguilles grises à une hauteur effrayante. La Munia, plus trapue, esr un monstre noir replié sur lui-même.
    [...]
      A notre droite, un bon chemin muletier remonte un vallon de pâturages, qui s'évase à l'E. de La Munia, et qui brise en ce point la régularité du cirque. Le chemin va traverser le port de Barroude, qui mène dans la vallée d'Aure. Port inconnu des touristes, à peine mentionné par Joanne, et qui est la porte ouverte sur cette merveille, le cirque de Barrosa."

                                                                                                               Haut de page

   6.  Jean Bepmale (1852 - 1921) mérite à plus d'un titre d'être mieux connu qu'il ne l'est, en particulier en tant que pyrénéiste et photographe (portrait ci-dessous d'aprés une affiche électorale).
  
    Né à Saint-Gaudens d'une famille originaire de la vallée ariégeoise de Bethmale, d'abord avocat, il sera surtout un homme politique de la IIIe République (maire actif de Saint-Gaudens pendant 35 ans, de 1884 à 1921, conseiller général, député puis sénateur de la Haute-Garonne), radical-socialiste haut en couleur locale, défendant avec passion des convictions républicaines et laïques. Il a fondé en 1881 son journal de combat : " La Montagne ".
  
     Mais, curieux de tout et enthousiaste, il trouvait du temps à consacrer à de multiples centres d'intérêt : l'entomologie (on a donné son nom à trois espèces de coléoptère), l'ethnologie, le dessin, la cartographie, la langue et la toponymie gasconnes (il maîtrisait les dialectes locaux), la géologie, la faune, la flore.
     
Il avait surtout deux passions : la montagne pyrénéenne et la photographie :
  
   En 1901 il a effectué une randonnée de quinze jours dans le Val d'Aran espagnol (dont il a publié le récit en feuilleton dans son journal, La Montagne).
    Précurseur de la Haute Route Pyrénéenne
(à noter cependant que le botaniste Augustin Pyramus de Candolle avait effectué en 1807 une traversée partielle des Pyrénées, et que la première traversée de la chaîne en continu semble avoir été, en 1817, celle d'un homme de sciences allemand, Frédéric Parrot), il a réalisé, en 1906, accompagné d'un porteur, un exploit pour l'époque : la traversée des Pyrénées, en trente jours, de Banyuls à Saint-Jean-de-Luz, de col en col, par étapes de huit à onze heures, avec de longues incursions sur le versant espagnol alors peu connu . Il en a publié l'itinéraire dans le Bulletin Pyrénéen, en 1907, et dans une brochure (couverture ci-contre).
      (pour en savoir plus sur cette traversée, cliquer sur cette couverture ; on peut aussi consulter les sources citées ci-dessous
).
   Par ailleurs il effectuait seul, ou organisait avec des amis et des membres de sa famille, de multiples virées de plusieurs jours dans les Pyrénées, principalement dans le Sobrarbe, le val d'Aran ou les Encantats, comportant des ascensions de hauts sommets comme par exemple le Montarto d'Aran, La Punta Suelsa, le Montcalm, ou le Canigou..

    De 1895 à 1918, toujours muni de son petit appareil photographique (petit pour l'époque ; peut-être le kodak ci-contre, un des premiers, de format 9 cm sur 9) , il a pris plus de 12000 clichés  dont la moitié est conservée au musée municipal de Saint-Gaudens, avec ses carnets de voyage minutieusement tenus.
   Il développait lui-même les négatifs carrés de 8,5 cm de côté (des " aristotypes ", par contact avec du papier citrate et exposition à la lumière du soleil), et en a rassemblé la moitié environ des tirages, numérotés et légendés de sa main, dans six gros albums dont cinq sont conservés au musée municipal de Saint-Gaudens.
   En montagne comme en ville ou dans la campagne commingeoise, avec l'esprit d'un reporter-photographe et d'un ethnologue témoin de la vie locale pyrénéenne, soucieux de conserver les traditions ancestrales tout en étant curieux des progrès techniques, il photographiait tout : les gens, les festivités, ses collègues en politique, les travaux agricoles, les belles maisons, les églises (bien qu'il ait été anticlérical), les cabanes, les constructions techniques (comme les ponts), mais aussi, et surtout, la montagne, y compris ses villages et ses habitants.
   On peut le comparer sur ce plan à Lucien Briet, avec cette différence qu'il a laissé moins d'écrits.
      
     (cliquer sur la vignette ci-dessus pour voir une page contenant quelques-unes de ces photos, prises dans le cirque et la vallée du rio Barrosa, et dans le massif voisin de la Punta Suelsa)


 (Sources :
   - revues :
       
Pyrénées : . n° 163-164, 3-4 1990, article de Jean Ritter, "Jean Bepmale (1852-1921) de La Montagne à la montagne", p. 235 ;
                               . n° 236, 4-2008, article de Joseph Ribas,
"40 ans de Haute Randonnée Pyrénéenne", p. 341 ;
       
Pyrénées Magazine : . n° 109, janvier-février 2007, article de Marie-Ange Lobera, "Jean Bepmale du Comminges", p. 69 ;
                                                   . numéro spécial,
"Rando Pyrénées", n° 11, consacré, au printemps 2007, à la Haute Route Pyrénéenne ;
        
Revue pyrénéenne, n° 128, décembre 2009, article de Jean Ritter, "Jean Bepmale (1852-1921) et la photographie de montagne", p. 14).
   - catalogue de l'exposition
"1895-1918  Les albums de Jean Bepmale", 21 juin-30 septembre 2006, au musée de Saint-Gaudens (on peut l'acheter au musée [n° de téléphone : 05 61 89 05 61] ; prix : 5 euros) ;
   - catalogue de l'exposition "Franceses en Sobrarbe, un turismo diferente", en 2006, à Abizanda, en Sobrarbe.

     7. Plus loin dans son récit le Dr Verdun décrit la descente du "val de Barrosa" : "qui se fait sur la rive droite, est longue et, en somme, peu intéressante ; mais la vue change quand après avoir gravi un escarpement couvert d'une forêt de buis, on domine le confluent des rios de Barrosa et de Pinara. La végétation touffue qui garnit les bords de ces torrents, ainsi que les champs de seigle et les quelques prairies qui les entourent, forment un ensemble charmant, un paysage bucolique perdu au milieu de cette région désolée. La vue plonge aussi dans la vallée de Pinara, et ne s'arrête au loin qu'à la crête de Moudang.
   Un peu en aval du confluent, après une descente un peu rapide à travers les buis, le sentier rejoint le chemin muletier très fréquenté qui va aux ports de Bielsa, de Héchempy et de Moudang, et qui, quelques pas plus haut, traverse le torrent de Barrosa, sur un petit pont de pierre, fort pittoresque
[puente del Tartico ; il existe toujours : voir la page consacrée aux mines du pic Liena, note 4], entouré d'une végétation luxuriante. La vallée que l'on suit dès lors, et qui mène directement au village de Bielsa, est fort étroite, dirigée Nord-Sud, boisée sur les deux versants. Dans sa partie la plus étroite, non loin du pont, on aperçoit sur le bord du sentier les ruines d'un hospice, sorte d'auberge qui servait de refuge aux voyageurs traversant la vallée ou surpris par la tempête. Ces refuges se retrouvent dans beaucoup de vallées, sur les deux versants de la chaîne, et quelques-uns, comme l'hospice de France de Vénasque, sont fort bien entretenus. Celui de Bielsa avait été bâti, dit-on par les Maures, et l'hospitalité la plus cordiale y était donnée. Plus tard l'hospice acquit une mauvase réputation : les voyageurs n'y trouvaient plus une sécurité parfaite, et des légendes relatives à des crimes qui y auraient été commis courent encore dans le pays. Le fond de la vallée est fort raviné par le torrent de Barrosa qui, à certains moments, croît démesurément et brusquement, comme tous les torrents du Nord de l'Espagne. Le sentier toujours très mauvais, qui suit la rive droite, disparaît par endroits, et il faut alors descendre das le lit du ruisseau désséché et marcher à travers las gros cailloux qui l'encombrent. La cascade de Trigñero, qui trace un large ruban argenté sur le flanc de la vallée, est une des rares curiosités que l'on trouve sur son chemin. La gorge ne s'élargit notablement qu'à Parsan".  

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