Chemin des mines   
   
En 1897,
Lucien Briet traverse une partie du cirque de Barrosa, par le chemin des mines, et le photographie
.
   
    "Quelle bonne fortune pour la Munia et ses voisines, que les clichés et les récits de l'éminent Pyrénéiste et photographe Lucien Briet !" (Henry Russell)

   Cette page contient des extraits du récit de cette randonnée de trois jours, écrit par Lucien Briet et publié par le Bulletin de la Société Ramond en 1902 (1er et 2e trimestres) sous le titre "Autour du Mont-Perdu, La Géla et le cirque de Barrosa" (note 3).
   Il est illustré par les photographies qu'il a prises entre la Hourquette de Chermentas et le col de Robiñera.

    Ce sont des reproductions (avec de légères modifications), par prise de vue numérique, de tirages originaux, datés et légendés de sa main (légendes ici transcrites entre guillemets), parmi les 1600 tirages du photographe conservés dans des albums au Musée Pyrénéen de Lourdes. L'auteur du site remercie ses conservatrices successives, Mesdames Geneviève Marsan et Agnès Mengelle, pour l'avoir autorisé à y insérer ces reproductions.

 

   Au sujet de Lucien Briet voir, dans la page consacrée à l'histoire du chemin des mines, la note 2

< Lucien Briet au sommet du pic Badet (proche du Pic Long), en 1896 (Coll. Briet, Chateau fort, Musée pyrénéen, Lourdes)
 
  Pour voir les photos dans leur format normal
(de l'ordre de 760 x 530 pixels):
     - cliquer sur les vignettes ci-dessous, couplées au récit,
     - ou bien, en cliquant ici, ouvrir une page dans laquelle, sur une image de la vallée de La Géla et du cirque, des vignettes cliquables localisent (de façon plus précise que la carte ci-contre) les endroits d'où Lucien Briet a pris les photos.
                                                                              
                                                                                              *

   Lucien Briet rêvait de visiter à la fois la "muraille de La Géla", "cette paroi d'allure quelque peu fantastique", et "ce famaux cirque de Barrosa qui [lui] hantait l'esprit depuis le dessin qu'"en avait publié M. Schrader", et aussi de "créer une course nouvelle, celle du col de Las Louseras".
 

   Le jeudi 29 juillet 1897, donc, il quitte Héas, accompagné du guide Victor Paget, 52 ans (1845-1916), d'Héas où il est hotelier et guide, dit Cantou, ou Chapellou (Briet l'appelle "Paget-Cantou", ou le "père Cantou", ou "Cantou"), et du porteur Henri Soulé, 26 ans (1870-1951), de Gèdre (note 1), chargé de son encombrant et lourd matériel photographique (photo ci-dessus, à droite) (cependant Lucien Briet porte lui-même le trépied, ainsi qu'un riflard). Il remonte la vallée de l'Aguila, passe la Hourquette d'Héas, et aprés une brève incursion dans la vallée de Badet atteint la Hourquette de Chermentas d'où il découvre la vallée de La Gela (note 2).
                   
                                                                                     
Localisation des endroits d'où les photos ont été prises  >

   (Dans une page annexe voir les photos prises dans la vallée de l'Aguila et aux hourquettes de Héas et de Chermentas)

                                                           

   Dans son récit Lucien Briet raconte :

 
"La Géla se creusait transversalement, et, par delà, un vallon se déployait, avec un dôme sur le flanc, le pic de Barroude (2797 mètres) [en fait le pic de Port Vieux, 2723 m]. Un sentier chevronnait le vaste pâturage de son orée, la montagne de Hourmagerie. On percevait les bâtiments minuscules d'une exploitation minière [les mines de plomb de La Géla]. Mais ce qui m'intriguait, c'étaient, dépassant la concavité du port [le Port Vieux], deux pics jumeaux, le premier aigu, le second plus massif... Des sommités espagnoles, assurément. Lesquelles ? Je dépliai ma carte, et aprés l'avoir orientée, je tirai avec mon crayon, sans toucher au papier, par les cols de Charmentas et de Barroude [Port Vieux], une ligne qui, prolongée, vint aboutir aux puntas Fulsa et Suelsa... "
  
Il prend une photo du versant est de la vallée de La Géla (photo 1)

    


< Photo 1 : De la Hourquette de Chermentas, vue sur le versant est de la vallée de La Géla.

   "Au moment où je mettais au point, l'homme que nous avions observé, surgit. Mes guides l'interpellèrent. C'était un habitant de la vallée d'Aure, Jean Vidalon, de Guchen, qui, avec deux autres bergers, gardait les troupeaux de sa commune, au pacage dans la Géla."
  Lucien Briet et ses compagnons descendent dans la vallée de La Géla où ils trouvent "une horde de ruminants, parmi lesquels il y avait trois ou quatre porcs", et parmi d'autres cabanes, celle de Vidalon. (photo 2).

< Photo 2 : La cabane de la vallée de La Géla.

  "Notre gîte était presque entièrement occupé par un vaste lit de camp jonché de paille. Le mur se tachait de suie, et la fumée, avec complaisance, s'échappait par une lucarne [...] Proprement couverte d'ardoises, leur baraque n'eût été nullement déplacée au village".
  La nuit se passe mal :
 "D'abord je souffrais de cet accroc donné à mes habitudes d'honnête confort; je me sentais en outre, depuis l'extinction des feux, victime de piqûres énervantes et caractéristiques, qui délicieusement se multiplièrent... Les cent mains de Briarée [géant à cent bras de la mythologie grecque], pour combattre l'ennemi, eussent suffi à peine. Cantou, vieux dur à cuire, restait immobile, mais mon second guide, moins endurant ou moins stoïque, s'agitait comme moi. Ce fut lui qui, le premier, osa observer qu'il était "mangé aux puces". Le charme étant dissipé je fis chorus. Cantou aussi. Vidalon se dressa noblement sur le coude et admit le bien-fondé de nos réclamations. Nous pouvions, par exemple, nous rassurer, car c'étaient "les seuls parasites de l'homme existant sous son toit". Notre Dame de Héas vous entende mon garçon! L'excuse était pittoresque. J'en eus une quinte de rire, grâce à laquelle je ne perdis patience que vers deux heures du matin. A ce moment, je m'esquivai dehors à l'anglaise, bien enveloppé dans ma pèlerine."
   O miracle ! Le brouillard s'était évanoui, et il n'y avait plus que le scintillement des constellations sur la vallée silencieuse. Une journée magnifique s'annonçait, un de ces grands azurs où les mille pinacles des Hautes-Pyrénées éclatent.[...]

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                                                       *
 
Le lendemain vendredi 30 juillet, au petit matin, L.Briet et ses compagnons s'élèvent vers la muraille de Barroude (photo 3).

< Photo 3 : La muraille de Barroude, le matin, vue de la vallée de La Géla.
  
  "C'était, dans la splendeur matinale par-dessus l'impasse où nous venions d'aboutir, une falaise de marbre, blanche, ou plutôt rose thé, avec des reflets de vieil ivoire, régulière quoique formidable, arquée comme un front de bandière se développant. Elle ressortait sous son chaperon de schiste sombre, d'autant plus vive, d'autant plus poignante, que le soleil n'éclairait qu'elle. On eût dit un rempart magique tout à coup surgi devant un chevalier, en lutte contre des enchanteurs. Le pic Gerbats, hardiment campé, servait d'aigrette à ce bandeau digne de couronner Cybèle."
  
Il précise : "Cantou me précédait d'une quinzaine de mètres, et j'avais Henri, porteur du bagage photographique, sur les talons."
  
Ils font une longue station sur le balcon de Barroude où L.Briet s'extasie devant les lacs qu'il photographie.
  "Nous franchissons, dit-il, le déversoir du grand lac, début incontestable du torrent de la Géla. La montée du port [de Barroude] s'effectuait en zigzag.
   [...] La pente s'adoucit. Un petit plateau marquait la frontière"

   (Dans une page annexe voir les photos prises sur le balcon de Barroude)
  
 
Au port L.Briet découvre le cirque de Barrosa (photo 4).

< Photo 4 : Le cirque de Barrosa vu des abords du port de Barroude.
 
  
"En dépit de l'oule profonde qui se manifestait, on comprenait mal le cirque éspéré.
  De formidables escarpements, chargés de pentes et de terrasses, élevaient la Munia sur un pavois digne d'elle. Des cascades en suivaient les replis, et ces longs rubans laiteux imaginaient un rio qui butait dans une gorge, tendue de trainées de pins... Le mur de la Géla persistait, mettait sa large écharpe tranchante. Plus loin, un col se déprimait, et le pic de Las Louseras
[ou de Robiñera], avec son glacier fourré d'hermine, rentrait les épaules, sous le poids du ciel. Afin de mieux plonger dans l'entonnoir, nous avançâmes vers un cabanon au toit effondré, que Cantou déclara réparable et bon pour la nuit..."[...]
   Nous contournâmes les ruines de l'ancienne habitation des terrassiers qui travaillèrent, dans les parois du cirque, au chemin de la mine de plomb un moment exploitée dans la crête séparant la gorge de Barrosa de celle de Chisaguès. Des gravats avaient été répandus par les avalanches[...]
   Nous étions viv-à-vis des escarpements que nous venions d'envisager par le profil. Ils ressortaient d'autant plus majestueux que le port de la Géla
[Barroude] les isolait d'un côté et le col de Las Louseras de l'autre. Leur énorme môle, composé de deux pènes turriformes réunis par des courtines poudrées à frimas, avait quelque chose d'un front olympien [...] J'aurais voulu planer dans l'espace. Peut-être alors, grâce à un éperon lancé par la Munia [le "dôme"], l'ensemble se fût-il présenté sous l'aspect de deux amphithéatres conjugués ? [...]
  Je m'attardai trois longues heures dans le cirque de Barrosa. Au déclin du soleil, je pris une vue panoramique
(photos 5)."

      
Photos 5 : Trois photos pour former une vue panoramique du cirque de Barrosa

  
Pour camper, "Les ruines de la bâtisse [celle en partie brulée en 1892 par Bertrand de Lassus] l'emportaient de beaucoup sur celles du cabanon, et faisaient d'autant mieux l'affaire, qu'on y était au niveau de la corniche à suivre le lendemain [...]
   Quel asile nous avions adopté ! Les couvertures gisaient en monceaux; les murs n'étaient plus que des parapets. La paroi adossée dans la pente avait résisté forcément. Il y avait plusieurs pièces d'enfilade. Nous
choisîmes la plus propre et la moins humide. Les guides procédèrent à son aménagement. Ils dégagèrent non sans mal quelques troncs de pins ou chevrons, qui furent disposés dans un angle; de larges pierres plates complétèrent le toit. D'autres éclats, plus amples encore, servirent à cloisonner cette logette où à la rigueur on pouvait se tenir accroupi. Le jour passait à travers. Comment changer mes plaques ? J'eus l'idée d'en boucher les interstices avec des mottes d'herbe, et ma pélerine tendue en guise de rideau, nous fûmes chez nous. Cantou alluma du feu.
   Nous n'avions plus de vin, mais l'eau coulait à deux pas
[voir une photo] (photo 6). 

<  Photo 6 : L'abri improvisé 

  [...]"Je me confinai avec Henri dans notre lapinière. Cantou demeura au coin du feu. Afin d'éviter l'humidité du sol, nous l'avions dallée ; mais hélas! les reins souffraient de ce diable de carrelage, qui s'y prenait aussi maladroitement qu'un sot cherchant à rendre service."

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                                                                                                                  *

  
Le lendemain samedi 31 juillet, au lever du jour "[...] on ne sait quelle lueur délayait graduellement les ténèbres. Tout s'ébaucha, verdures, à pics, forêts, éboulis et touches neigeuses. Les couleurs reparurent. Des minuties se précisèrent. Derrière les parois qui commandaient le tournant du vallon je reconnus un angle du Cotiella. Puis l'aube se teignit, cédant à l'aurore. La Munia devint entièrement rose. Il régnait un calme profond [...] L'aimable teinte sembla se dissoudre peu à peu sous des effluves invisibles, et, soudain, la pointe extrème des escarpements se dora. Avec l'autorité d'un premier rôle, le soleil entrait en scène [...]."
  
Lucien Briet prend une photo du vallon de Barrosa, en aval du cirque (photo 7).

Photo 7 : Le flanc nord de la sierra de Liena.


  
   Avec ses compagnons il entreprend la traversée de la partie nord du cirque pour gagner le col de Robiñera (qu'il appelle Las Louseras), comme le montre la photo, avec calque, suivante :

  
                                                                                                        Itinéraire de Lucien Briet dans le cirque de Barrosa.
  
    "Force nous eût été, pour franchir le col de Las Louseras
, de redescendre dans le cirque, sans le chemin de la mine. Ce chemin se greffait sur celui du port. Il courait le long des murailles, en profitant d'une corniche naturelle, dont les interruptions avaient été corrigées à l'aide de la poudre (photo 8)."

<
Photo 8 : Le chemin de la mine.

 "[...] Nous touchâmes la première cascade. Son réseau tombait à même la piste comme une pluie d'orage. Paroi au-dessus, paroi au-dessous. Fourches caudines de la douche. Il y eut une manoeuvre dans le but de protéger mon matériel. Mes hommes traversèrent d'abord, Soulé encapuchonné de ma pélerine, Cantou arborant le gros parapluie bleu que j'emporte côte à côte mon pied démontable. Cela fait, le plus jeune guide, aprés avoir mis sac à terre, accourut m'apporter le riflard, sous l'aile duquel, à mon tour, je passai tranquillement les trois ou quatre mètres d'arrosage (photo 9) ."

< Photo 9 : La première cascade.

 "La seconde chute nous arrête net.
  Elle s'effondrait sous un pont de neige auquel Cantou jugea dangereux de nous confier. La glace s'était escarpée à hauteur d'homme. Pour y pratiquer des marches, il eût fallu piocher, les jambes dans le tourbillon. Un détour nous tira d'embarras. Nous dévalâmes avec précaution et nous nous aperçûmes alors que la clef de voûte de l'arche était mince comme du papier. La méfiance, une fois de plus, avait été la mère de la sûreté (photo 10)
."

 


< Photo 10 : La seconde chute (photo prise à l'endroit marqué par un * sur la photo avec calque ci-dessus).

 
Dans une sorte de combe [juste sous le sommet du "dôme"], des rochers nous masquèrent le cirque.
  Ici, l'hiver, comme en plein décembre, régnait et il y avait un éparpillement de gros blocs calcaires
[dont un sur lequel est maintenant peinte en rouge l'inscrription : "Camino Barrosa"]. La piste inclinait vers les crêtes occidentales. Nous l'abandonnâmes pour aller à travers des décombres et des neiges, nous adosser prés de la cascade [qui franchit une barre au pied de la pente qui mène au col de Robiñera]: elle glissait au lieu de choir [...]. Devant nous, maintenant, le vallon de Barrosa fuyait, et au bout de son allée sombre, mes regards fixaient un promontoire jaune et vert, en culture, formé évidemment de boue morainique. C'était de ce point que M. Schrader avait vu et dessiné le cirque de Barrosa ! [...].
  Le glacier de Las Louseras, à l'est du pic [de Robiñera], sommeillait mollement dans un creux en forme de hamac; je lui trouvai beaucoup de ressemblance avec celui de la Géla [...].
  Des tertres de rocailles semaient le couloir neigeux du col. Voyant que je me disposais à braquer l'objectif (photo 11), Cantou crut pouvoir chercher des "pierres à aiguiser les couteaux", pour un de ses voisins, à qui il avait juré d'en rapporter."

< Photo 11 : Aux abords du col de Robiñera.

 
Lucien Briet et ses guides franchissent ensuite le col de Robiñera, puis celui de La Munia pour rentrer, à travers le cirque de Troumouse, à Héas.

  "Je soupai et me couchai. Mon hôte craignait que je ne fusse pas trés bien, attendu que les bergers des alentours se réunissaient chez lui, le soir même pour faire une petite fête. Nous étions au samedi. Je crois en effet avoir entendu pendant la nuit des chants et du tapage, mais ce bruit fut si vague, si incertain, qu' on pouvait s'imaginer faire un rêve. Je n'ai jamais plus profondément dormi."

   
                                                                                   
  Au sujet de Lucien Briet et du cirque de Barrosa, voir aussi dans ce site :
    - la
page consacrée à Franz Schrader (et aux pionniers du pyrénéisme), contenant une autre citation ;
    - la
page de photos consacrée aux illustrations du cirque par Franz Schrader, contenant une note sur la controverse (l'"Affaire Schrader") ayant opposé Briet et Schrader sur leurs visions différentes du cirque ;
    - la
page de photos faisant le compte-rendu d'une randonnée en circuit de 2 jours au départ d'Héas, qu'on peut appeler le "circuit Lucien Briet".

   
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   NOTES :
  
1.
Lucien Briet écrit dans son récit, au sujet de Victor Paget: "[...] il accepta, une fois mis au courant, le rôle de guide-chef . Rien de mieux ; je pouvais être tranquille ; un chemin existait dans les parois du cirque ; on aurait du bois pour la nuit. Pas discoureur, le père Cantou ; en revanche, malgré l'âge dont il commence à se ressentir, rude montagnard".
     Victor Paget (1845-1916) était un des fils (il a un frère prénommé Jacques) du fameux guide Henri Paget (1812-1874 ; il y avait la famille Passet à Gavarnie et la famille Paget à Héas), surnommé " Chapelle" (surnom qui se substituera au nom de famille) parce que la maison familiale des Paget était située à quelques mètres à gauche de la chapelle du sanctuaire d'Héas. Cette maison, auberge devenue hôtel vers les années 1860, avait été détruite par une inondation en 1872, puis reconstruite dès 1873, et détruite à nouveau avec la chapelle en 1915 par une avalanche qui ensevelit deux des habitants de la "maison Cantou" dans les décombres. Chapelle était un personnage sortant de l'ordinaire. Il a été le guide des grands pionniers du pyrénéisme, Charles Packe, Henry Russell, Franz Schrader, Alphonse lequeutre, qui ne tarissent pas d'éloges à son sujet, le disant ardent, intrépide, gai et brave . Grand chasseur d'isards il est mort d'un accident de chasse en 1874 (d'après Henri Béraldi : "Le brave Chapelle [...] allait à la chasse déguisé en isard. Un maladroit s'y méprit et lui envoya vingt-six chevrotines dans le corps" [Cent ans aux Pyrénées, livre III, Librairie des Pyrénées et de Gascogne, 2001, p. 184]).
   Au sujet de "Chapelle" ("montagnard incomparable, aimé de tout le monde") Russell a écrit : "[...] Héas (1547 m), riant hameau célèbre par son église, qui a l'air d'une oasis au milieu d'un désert, et associé plus que jamais au nom du Bayard des montagnes, le brave, honnête et malheureux Chapelle, tué à la chasse [...] près des glaciers de la Munia, après avoir passé un demi-siècle à y braver impunément la mort par tous les temps et seul, à la poursuite des isards et des aigles. Jamais je n'oublierai cet homme si sympathique, ni les courses folles qu'il m'a fait faire. Il était d'une bravoure téméraire, et il avait autant de coeur que de courage et de virilité. Toujours heureux, et innocent comme une enfant, il était l'idéal de l'homme de la montagne. Son fils [Victor] tient aujourd'hui un bon hôtel (de la Munia) tout près de la chapelle [...]"
   Charles Packe a fait graver son épitaphe sur une dalle qu'on trouve à droite de la route qui d'Héas monte au cirque de Troumouse, à hauteur de l'auberge du Maillet (photos ci-dessous ; voir aussi, dans la page consacrée à la carte Roussel, les notes 8 et 9).
   
  
    Montage de PHOTOS ayant trait au personnage qu'était "Chapelle", le père de Jacques Paget :
    -
à gauche : dalle que Charles Packe a fait installer à la mémoire de Henri Paget sur un replat au pied des pics de Gabiédou et de Bouneu qui encadrent le port de La Canau
au sud du cirque de Troumouse (voir Pyrénées, n° 226, 2-2006, p. 224, et n° 228, 4-2006, p. 443) ;
    -
au milieu : sur cette pierre blanche l'inscription initiale est aujourd'hui presque effacée : elle a été inscrite à nouveau sur une petite dalle annexée à cette pierre ;
    
-
à droite : auberge de La Munia actuelle (qui n'existait pas au temps de Briet), à quelques mètres de la chapelle d'Héas qu'on aperçoit à gauche ; l'"Hôtel de La Munia" tenu par "Chapelle" était plus loin, à gauche de la chapelle ; il a été détruit, ainsi que la maison Cantou et en partie la chapelle, par une avalanche le 23 janvier 1915.

    Henri Soulé, dit "Lixandre", a été engagé par Lucien Briet comme porteur en 1896. Il deviendra guide de 2e classe en 1898 et de 1ère classe en 1902 et sera le compagnon de courses de Briet jusqu'en 1904, dans le haut Aragon à partir de 1902, l'année qui les mène à Bielsa. Il avait un frère plus agé, Jean, né en 1856, dit également "Lixandre" (il grave son nom sur un rocher de la vallée d'Aspé : "Soulé Balicou Lixandre Gédre" [Balicou pour Malicious, évoquant la malice : c'était le nom de sa maison à Gèdre], et son surnom, peut-être lié à son commerce avec l'Espagne ; voir le site www.agnouede.fr [note 3]). Porteur de la fin des années 1890 à la fin des années 1910, Henri Soulé disait souvent : "Avec Briet on a le temps de souffler car il s'arrête toutes les dix minutes". Briet appréciait son esprit ouvert et curieux. Il est mort à Gèdre en 1951 (voir Pyrénées, n° 227, 2-2006, p. 239)
   S'il était susceptible, et même parfois agressif, quand il se sentait humilié par un personnage important (tel Schrader : voir l'"Affaire Schrader", en note d'une page), Lucien Briet avait avec ses guides ou porteurs des relations humaines empreintes de simplicité et d'amitié réciproque, comme ce sera plus tard le cas avec les habitants du haut Aragon (voir : Claire Dalzin, A travers le Haut-Aragon dans les pas de Lucien Briet, 1902-1911, Cairn, 2007, pp. 51-58)

<   
A gauche : Victor Paget, en 1895, à califourchon sur le "cheval rouge" de la crête orientale du cirque de Troumouse.
    
  A droite : Henri Soulé (probablement en 1895), à la cascade d'Aguila. (images aimablement communiquées par Céline Bonnal ; issues du Musée Pyrénéen de Lourdes).


  (VOIR AUSSI la note 8 dans la page consacrée à la carte Roussel)

  2. Dans le secteur du cirque de Barrosa, mais à partir d'Héas et par le cirque de Troumouse, Lucien Briet a réalisé deux ascensions, dont il a fait paraître les récits (fourmillant d'informations) dans la revue La nature : le pic La Munia en 1902, le pic Gerbats en 1904 (on peut également accéder à ces récits par l'intermédiaire du site de l'Agnouede : note 3)

  3. Les deux numéros du Bulletin de la Société Ramond (1er trimestre 1902, pages 23 à 36 [sections I et II] et 2e trimestre 1902, pages 71 à 86 [sections III et IV] ) où figure le texte intégral, sont accessibles en ligne,
      - soit en allant sur le site Agnouède de Céline Bonnal à la rubrique "Fonds universitaires et photographiques", chapitre "Articles et revues pyrénéistes" où on trouve la section "Articles de Lucien Briet". On trouvera aussi dans cette page d'autres liens (faisant accéder au site de la CNAM) pour lire d'autres récits de Lucien Briet parus dans la revue La Nature, entre autres : La vallée d'Héas, Le pic Gerbats, Les lacs de La Munia.

      - soit en cliquant ici pour accéder
directement au site Archive.
  
    De plus ce texte est intégralement reproduit dans le livre : "Lucien Briet, Aux Pyrénées !, Voyages sur le versant français 1892 - 1906 Articles et photographies rassemblés par André Galicia", éditions de la ramonda, mai 2017 (illustré de photos de Briet et associé à une petite biographie)  (image ci-contre)

   

   
  
Page mise à jour le 3 juillet 2017