Géologie 
                                 La richesse géologique du cirque de Barroude 

    Dans le cirque de Barroude on trouve un aussi grand nombre de sites géologiques intéressants que dans le cirque de Barrosa, son voisin sur le versant espagnol, mais rassemblés sur une moins grande surface. En plus, répartis dans la nappe de charriage de Gavarnie et sur le socle paléozoïque, ils sont divers, susceptibles d'illustrer les principaux chapitres d'un livre de géologie.
   Dommage que l'accès du cirque impose environ 3 heures 30 de marche (pour un dénivelé avoisinant les milles mètres).
    
   Dans la CARTE ci-dessous (où le nord est en bas) ces sites sont localisés par des numéros qui renvoient à des sections du texte qui suit, illustré par des photos et des schémas. Y sont associées deux COUPES est-ouest, avec la même légende.

   La plupart des accidents géologiques signalés sont facilement accessibles ; d'autres, rares mais bien visibles, peuvent être étudiés de loin.

                     
                    
                     
   Le trait gras marron est le plan de chevauchement de la nappe de charriage de Gavarnie.

    1. Le chevauchement

   L'accident géologique le plus important du cirque de Barroude est le plan de chevauchement de la nappe de charriage de Gavarnie sur le socle paléozoïque. Ce chevauchement, d'une quinzaine de kms vers le sud, résultant d'une compression horizontale liée à la migration vers le nord du continent ibérique (à l'origine des Pyrénées), a mis en contact anormal l'ampélite (en gros -425 million d'années [Ma]) de la base de la nappe avec les roches beaucoup plus jeunes de la couverture du socle paléozoïque : le calcaire du Crétacé supérieur (-85 Ma), sur lequel la nappe repose le plus souvent, ou le grès rouge sous-jacent du Permo-Trias (-250 Ma).

   

   Cette figure est un détail de la planche IV (les incrustations en rouge sont de l'auteur du site) d'un document ("Etude sur les formations anciennes des Hautes et Basses Pyrénées (Haute chaîne)", Bulletin de la carte géologique de la France, t. XIV, 1902-1903, p. 45-322) où le géologue français Arthur.Bresson décrit le premier (en 1902) la nappe de charriage de Gavarnie, et démontre qu'il s'agit d'un chevauchement.

   La planche IV intégrale (
cliquer ici pour l'ouvrir) de ce document est
une coupe E-NE - W-SW, depuis la vallée de Gavarnie (à gauche) jusqu'à celle de La Gela (à droite), en passant par les cirques d'Estaubé et de Troumouse (où le mot recouvrement est synonyme du mot chevauchement ; le trait pontillé passe par la base de la couche de calcaire crétacé : le plan de chevauchement de la nappe passe à la limite supérieure de celle-ci)
.     


   Le texte de Arthur Bresson accompagnant, dans le document signalé ci-dessus, la planche IV, est le suivant :
  
   "Si le Paléozoïque recouvre aujourd'hui, comme le montre la dénudation dans les vallées de La Géla, de Héas et de Gavarnie, des calcaires crétacés déposés in situ, c'est qu'il y a été nécessairement amené par les plissements énergiques qui ont affecté cette région de l'écorce terrestre. C'est à la faveur d'un phénomène purement mécanique que s'est produite cette superposition anormale ; autrement dit une nappe de recouvrement [de chevauchement] s'est étendue sur le Crétacé ".


  
Le schéma ci-contre illustre cette "superposition anormale". Le trait gras marron représente le plan par lequel se fait le chevauchemnt.

            VOIR AUSSI : les pages consacrées à la formation des Pyrénées, et des montagnes en général

  Ces schémas sont ceux de la structure du cirque de Barrosa, qui prolonge le cirque de Barroude du côté espagnol.


  Mais cette structure (celle d'un chevauchement) est la même dans les deux cirques, résumée par le fait qu'une nappe de charriage (celle dite de Gavarnie) repose sur un socle paléozoïque métamorphique par l'intermédiaire de la couverture de celui-ci, mettant ainsi en contact anormal sa base, ancienne (l'ampélite, qui a favorisé son glissement) et une composante récente de la couverture du socle, la couche de calcaire crétacé, ou une
de grès rouge.



   Le plan de chevauchement, quasi horizontal comme dans le cirque de Barrosa (mais ascendant plus au nord dans la vallée de La Gela) se situe presque à la base des parois du cirque, un peu au-dessus de son plancher.
   Le contact anormal permettant de localiser la surface de chevauchement est masqué à l'ouest du cirque de Barroude par les éboulis occupant la base de la muraille de Barroude, mais il est visible en deux endroits qui sont ::

   
    D'une part,
au nord du cirque, à la base de la face sud-est du pic de la Gela : la couche d'ampélite silurienne, y est bien visible, épaisse et noirâtre, surmontée par celle de calcaire blanc dit "de la dalle", du Dévonien inférieu) et plus haut celle marron de pélites schisteuses (formation de Bouneu), du Dévonien moyen, qui forme le sommet du pic. On remarque, à la base de l'ampélite, au niveau d'un changement de pente (lié au fait que l'ampélite est plus tendre que les roches sous-jacentes) une mince strate blanche : c'est la couche de calcaire crétacé, sur laquelle elle repose de façon anormale puisque l'ampélite est bien plus ancienne (environ -400 Ma) que le calcaire. Ce calcaire est la couverture du socle paléozoïque sous-jacent qui date du Cambro-ordovicien (en gros - 500 Ma) (voir l'image ci-dessous).

  
  Photo (avec schéma explicatif) prise du rebord du balcon de Barroude, en haut du Pichous. Le contact anormal ampélite-calcaire crétacé s'y repère facilement, au milieu de l'image, à la rupture de pente entre ampélite tendre et socle métamorphique plus pentu.
   
   A gauche, on voit le sentier en lacets qui monte du replat de La Gela pour atteindre l'extrémité sud-ouest du cirque.

  Sur cette photo du Gerbats à gauche et du pic de La Gela, on voit très bien la couche d'ampélite par laquelle la nappe de charriage de Gavarnie repose, après un déplacement d'une quinzaine de km du nor (à droite) vers le sud favorisé, sur le socle métamorphique paléozozoïque contitué ici de schistes clairs.
  On devine à un endroit la mince couche de calcaire crétacé, discontinue, qui recouvre le socle et par laquelle se fait le contact anormal avec l'ampélite.

  On voit bien aussi la contitution de la nappe de Gavarnie au-dessus de sa semelle d'ampélite (la couche-savon) ; son armature de calcaire blanc du Dévonien inférieur (calcaire de la "dalle"), surmontée par la formation de Bouneu de pélites schisteuses.


   Vue de près sur ce contact entre ampélite noire et couche de calcaire crétacé,, de couleur claire, orangé par endroits, et d'épaisseur variable, qui recouvre le socle paléozoïque (lequel occupe le coin inférieur gauche de l'image).
   Une "langue" noire s'échappe des ampélites : sans doute un écoulement d'eau chargée de fer ou de matières organiques carbonées contenus dans les ampélites.

  Au-dessus, à l'arrière-plan, la muraille de Barroude dont le sommet est coiffé par la couche de pélites schisteuses de la formation de Bouneu, dans laquelle s'élance la dent du Gerbats.

  D'autre part au sud du cirque, à l'est du port de Barroude : dans la pente recouverte par les débris d'ampélite qui dévalent de la croupe frontière on remarque un petit talus stratifié. C'est du grès rouge, l'une des roches de la couverture du socle. Il est surmonté par la couche de l'autre roche, le calcaire crétacé dont sa présence n'est pas évidente mais se révèle par un changement de couleur du "rideau" que forment les débris d'ampélite, débris auxquels se mélangent ceux, blancs, du calcaire. Ce qui permet de penser que là aussi l'ampélite de la base de la nappe de Gavarnie est en contact avec ce calcaire crétacé (voir la photo ci-dessous, et la première photo de la section 8)

   Photo prise des abords du pic de Port-Vieux

  Vue sur le versant nord de la croupe qui, depuis le Soum de Barroude, descend lentement vers le port de Barroude (qu'on voit à droite, à mi-hauteur du bord de l'image),
   L'ampélite lui donne sa forme émoussée et
par sa friabilité, explique l'abondance des débris
qui couvrent son versant nord, comme un rideau. A celui-ci se mêlent, à un certain niveau, des débris blancs qui trahissent la présence de la mince couche de calcaire crétacé, laquelle se devine d'ailleurs, à droite, juste au-dessus du talus de grès rouge qui repose, lui, sur le socle dont on voit affleurer une petite partie.

  A l'arrière-plan : le haut de la partie nord du cirque de Barrosa avec le pic de Robiñera, et plus à droite La Munia, puis, dans les nuages, le pic de Troumouse, à partir duquel commence la muraille de Barroude.


   Schéma visant à expliquer ce qui se passe lors d'une collision entre deux plaques tectoniques, dans la croûte continentale de l'un d'eux, sous l'effet de la compression horizontale dont est responsable la collision
   A savoir ce qu'on appelle un "écaillage", c'est-à-dire un ensemble de décollements et de chevauchements successifs, entraînant un empilement par le bas de plusieurs écailles (ici numérotées 1, 2, 3), donc un épaississement de la croûte, donc une montagne.

  Dans ce schéma il s'agit d'un écaillage à l'échelle d'une croûte continentale, donc à l'échelle du km. Mais ce phénomène peut se produire, sous l'effet de forces cmpressives horizontales, à toutes les échelles, jusqu'à celle du m.
   Le chevauchement d'une écaille s'accompagne souvent d'un pli anticlinal du front de cette écaille.

   
        VOIR AUSSI : les pages consacrées à la formation des Pyrénées, et des montagnes en général

   2. L'ampélite

   L'ampélite silurienne, dont est constituée la "semelle" de la nappe de charriage de Gavarnie, est très présente dans la cirque de Barroude, principalement entre le port et le Soum du même nom, où, débarassée par l'érosion des roches sus-jacentes, elle forme la croupe frontière, fortement émoussée.
   Ce qui attire l'attention sur les caractéristiques originales de cette roche peu spectaculaire : c'est un sédiment déposé au Silurien (-410 à -420 Ma), dans une mer chaude et peu profonde, puis métamorphisé, dans un milieu pauvre en oxygène, en un schiste resté riche en matières organiques, qui lui donnent sa couleur noire ou violet foncé. Celles-ci contiennent beaucoup de graphite fait d'un empilement de plans monoatomique de carbone mal liés entre eux, ce qui explique ses deux caractéristiques, friabilité et pouvoir lubrifiant, qu'il confère à l'ampélite.
   Ces caractristiques conditionnent d'une part ce relief émoussé, d'autre part le rôle facilitateur de l'ampélite dans les chevauchements (et finalement dans la formation des montagnes). Sa situation à la base des nappes de charriage s'explique par le fait que c'est dans l'épaisseur d'une couche d'ampélite que se produit le clivage qui décolle la nappe, l'ampélite facilitant ensuite son glissement sur le socle sous-jacent (d'où son nom de "couche-savon").
   Ce qui permet de dire qu'Il y a finalement un lien entre la structure du graphite à l'échelle atomique, et la formation des montagnes.à l'échelle kilométrique.

  Vue vers le sud du Soum de Barroude, depuis le col, à peine marqué, entre l'arête sud du pic de Port Vieux, et le Soum.

  Les taches jaunes sont des fleurs : des Douglasia de Vital.

  

   L'ampélite du port de Barroude. On voit bien son caractère fissile 'sa frizbilité), au premier plan, et le relief émoussé dont elle est responsable : un port large et plat au premier plan, et une croupe arrondie, au deuxième plan, qui va du port au Soum de Barroude, plus à l'est, vers le pic Barrosa, hors de l'image.

 

  A l'arrière-plan, à l'ombre : le versant ouest du pic de Port Vieux


  Pensées de Lapeyrouse (une fleur endémique des Pyrénées) sur le cailloutis d'ampélite des abords du port de Barroude.

  On pourrait croire que cette petite fleur est fragile. Pourtant elle affectionne ces hautes et larges croupes désertiques exposées à tous les vents. Ici, au port de Barroude, mais aussi au port de Plan.
  Dans ce milieu hostile la flore est clairsemée. On y trouve cependant des Douglasia de Vital (jaune ; voir une des photos ci-dessus) et des Ibéris spatulé
   (voir la
page consacrée aux fleurs).


       
           VOIR AUSSI , outre les photos ci-dessus (section 1) :  * la page consacrée à l'ampélite
                                                                                                     * une page de photos consacrée au cirque de Troumouse

  3. Le calcaire de la dalle

   L'autre roche qui tient une grande place dans le cirque de Barroude est le calcaire dévonien puisqu'il forme l'ossature de
l'impressionnante "muraille de Barroude" qui le domine à l'ouest, haute de 500 m
en moyenne, et longue d'environ 4 km.
   Il s'agit d'un calcaire massif, blanc, désigné sous le nom de "calcaire de la dalle" (par le géologue Arthur Bresson qui le premier a idenfié la nappe de Gavarnie en 1903), d'âge dévonien inférieur, partiellement recristallisé en marbre, caractérisé par une stratification peu apparente en lits de teinte variées, et animé par de nombreux plis en désordre ou simulant des vagues, et par des redoublements tectoniques (de type écaillage) peu visibles L'épaisseur de la couche varie autour de 300 m. Elle est surmontée presque tout le long par la couche de pélites schisteuses de la "formation de Bouneu", de couleur marron foncé, qui forment la crête de la muraille (voir les trois photos ci-dessous).
   On peut voir ce calcaire de près en parcourant la crête frontière vers l'ouest, jusqu'à la petite éminence qu'elle forme, séparée du pied de muraille par une dent calcaire.     

  Depuis les abords du pic de Port Vieux, vue vers l'ouest sur une bonne partie de la muraille de Barroude, entre le pic de Troumouse à gauche et le pic Gerbats, Elledomine le port de Barroude, à gauche, et les lacs de Barroude.
  Tout à fait à gauche : le pic de La Munia et une petite partie du cirque de Barrosa.

(photo Mariano)


   Vue vers la sud, depuis le sommet du pic de La Gela, sur les parties sud et centrale de la muraille de Barroude.

  L'épaisse couche de calcaire de la dalle qui la constitue est crénelée par celle de pélites schisteuses marron foncé, du pic de Troumouse au fond jusqu'aux abords du pic Gerbats.

  A gauche : le port de Barroude, les lacs du même nom, et le Pichous. Au delà du port : la sierra de Liena.


   Schéma du versant occidental de la haute vallée de La Gela. La coupe nord-sud passe par le pic de Troumouse au sud-ouest du cirque de Barroude qu'il domine  
    Il montre ,que le calcaire dévonien, dit "de la dalle", de la muraille de Barroude, qui forme l'ossature de la nappe de charriage de Gavarnie, permet par sa couleur claire de voir que cette nappe monte vers le sud dans la partie basse de la vallée de La Gela pour devenir horizontale dans le cirque de Barroude, et au-delà dans les cirques de Barrosa et de Troumouse.


            VOIR AUSSI : * une page de photos consacrée à la muraille de Barroude
                                
 * une autre page de photos consacrée au balcon et à la muraille de Barroude
                                 *
une
page de photos
consacrée au cirque de Troumouse

    4. Les pélites sombres

    Dans la partie centrale et surtout la partie sud de la muraille de Barroude, la base de la falaise de calcaire prend une teinte noirâtre qui correspond à un calcaire différent, déposé au tout début du Dévonien, mélangé à un fin sédiment, de type argileux, d'origine détritique (issu de l'érosion continentale), dont le nom devient celui de "pélites sombres". Déposé au tout début du Dévonien il est intermédiaire entre le calcaire de la dalle proprement dit et la couche sous-jacente d'ampélite, dont il a un peu le caractère fissile, par endroits.

  Dans la partie sud de la muraille de Barroude, vue du grand lac de Barroude, la couche de "pélites sombres", sous-jacente à celle du calcaire blanc dit "de la dalle". Elle contraste avec celle-ci par sa couleur noirâtre, et frappe par son épaisseur.

  (photo Philippe Vilette)

   

  Sur cette photo, prise du port de Barroude, de la partie centrale de la muraille (entre pic Heîd à gauche et Gerbats à droite en passant par le Petit pic blanc), l'étagement de celle-ci en trois couches est bien visible : pélitesombres en bas, calcaire de la dalle au milieu, pélires schisteuses de la formation de Bouneu en haut.


  Le couloir central, encore enneigé, que borde l'arête nord de ce pic (friable à sa base au niveau des pélites sombres) correspond à une faille le long de laquelle le comportiment nord s'est décalé vers le haut.


   5. Les pélites schisteuses (formation de Bouneu)

    La crête de la muraille de Barroude est formée presque tout le long, du pic de Troumouse au pic de La Gela, par une roche appelée "formation de Bouneu". Il s'agit surtout de pélites schisteuses, dont les feuillets sont composés de fines particules. A son origine sont des sédiments déposés en milieu marin calme et peu profond, au Dévnien moyen (autour de -400 Ma), . Il s'y ajoute parfois des intercalations plus dures, donc en relief, composées de calcaire contenant des grains de quarz (calcaire gréseux), déposées sur des fonds balayés par des courants. Cette formation, sombre, de couleur marron, est affectée de nombreux plis et d'accidents tectoniques à type de chevauchements.
   

  Le pic Gerbats, vu de la crête du cirque de Troumouse.
  Il est taillé dans les "pelites schisteuses", ou "formation de Bouneu" qu'on voit de plus près au premier plan.

  Dans le coin inférieur gauche de l'image on aperçoit le "mauvais pas" du Gerbats dans les pélites, au-dessus des falaises en calcaire de la dalle du cirque de Troumouse.
  A l'arrière-plan : le Soum des Salettes, ou pic des Aguilous.

 

  De la crête du cirque de Troumouse au pied du pic Gerbats, vue, à droite, sur cette crête, en enfilade, jusqu'au pic de Troumouse, sur le faîte de la muraille de Barroude, au-dessus du calcaire de la dalle.
  Au premier plan : des plaques de pélites schisteuses.


  A gauche de l'image : le cirque de Barroude, avec ses lacs, le port et au sud-est le pic de Port Vieux et le Soum de Barroude. Derrière celui-ci dépasse le pic Barrosa et plus loin les puntas de Suelsa et de Fulsa

  

  Le pic de La Gela, vu du balcon de Barroude, caractérisé par le profond couloir entaillant son versant sud-est, lié à une faille.


  La moitié supérieure de ce versant est constituée de pélites schisteuses, qui reposent sur le calcaire de la dalle de l'extrémité nord de la muraille de Barroude.

  A noter une ligne blanche oblique : peut-être une intercalation calcaire.

    6. Un charriage

   Si on regarde bien la face sud-est du pic Gerbats on y devine l'image d'un phénomène tectonique de charriage : au-dessus d'une ligne pouvant correspondre à un décollement, on observe, dans la stratification des pélites schisteuses, des plis (autrement dit des anticlinaux) suggérant un chevauchement (ou charriage) de la droite vers la gauche (donc du nord vers le sud). On peut mettre ce chevauchement sur la compte de la compression (par migration vers le nord du continent ibérique) à l'origine de ceux qui ont été à l'origine de la formation des Pyrénées, dont celui de la nappe de Gavarnie (de laquelle le pic Gerbats fait partie), mais à une échelle beaucoup plus grande. En sachant qu'une compression peut créer des plis, surtout dans les formations malléales, à toutes les échelles.
   D'ailleurs on peut observer de tels plis (ou "écailles"), qui tendent à se superposer (on parle d'"écaillage"), au-dessous du pic Gerbats, dans l calcaire de la dalle de la muraille de Barroude.  

  Photo de la face sud-est du pic Gerbats, dont les pélites schisteuses marron foncé de sa base reposent sur le calcaire de la muraille de Barroude.

  Le schéma interprétatif souligne d'une part l'existence d'une ligne de décollement, d'autre part les plis affectant les pélites, en faveur d'un charriage dont la flèche rouge indique le sens (du nord vers le sud), c'est-à-dire celui du déplacement de la nappe de charriage de Gavarnie.


         
          VOIR AUSSI :  * les pages consacrées à la formation des Pyrénées, et des montagnes en général
                                        * une page consacrée au charriage en général et à ses conséquences sur les roches


    7. Un lambeau de poussée

   Lors de l'ascension du pic de Port Vieux par le sentier qui, dans la vallée du rio Pinara, monte du Port Vieux, on trouve sous ses pas, à l'approche du sommet, du grès rouge puis du calcaire crétacé et on est étonné de retrouver, au-dessus, du grès rouge (ce qui est anormal), jusqu'au sommet. Ce grès rouge appartient à un lambeau de poussée.
   Sa définition est (Dictionnaire de géologie, de Alain Foucault et collaborateurs, 8e édition, p. 206) : terrains arrachés par une unité chevauchante à son substratum et entrainés par elle. Ici l'unité chevauchante est la nappe de charriage de Gavarnie. Dans son déplacement du nord vers le sud elle a rencontré un obstacle lié à un épaississement par un court écaillage du socle et de sa couverture. Juste en amont de cet obstacle elle a décollé du socle paléozoïque une partie de sa couverture (de grès rouge et de calcaire) et l'a entrainé sous elle dans un charriage par-dessus l'obstacle sur une longueur de quelques centaines de mètres. Par la suite l'érosion n'a laissé subsister qu'une partie de l'épaisseur du grès rouge ainsi charrié (le lambeau de poussée, fragmenté) qui coiffe actuellement l'obstacle et forme avec lui le pic de Port Vieux actuel.
   

  Le versant est du Soum de Barroude, à gauche, et du pic de Port Vieux, au-dessus de la vallée du rio Pinara.
  Au deuxième plan à gauche, le pic de La Gela, de l'autre côté du cirque de Barroude. Au fond, de gauche à droite, le pic Long, le pic Long, le pic de Cambieilh et le pic Méchant.

  L'interprétation de cette image du pic de Port Vieux est apportée par le schéma ci-dessous, bien su'il s'agisse d'une coupe.

 

  Coupe schématique nord-est - sud de l'ensemble Soum de Barroude - pic de Port Vieux (affecté, après sa surrection, d'une faille verticale).
  Le lambeau de poussée (ou ce qui en reste après érosion), constitué de grès rouge, est figuré par des hachures obliques. Il repose, selon son plan de chevauchement (trait marron fin), sur la couverture du socle métamorphique paléozoïque (en jaune), constituée par une mince couche de calcaire crétacé et une épaisse couche de grès rouge. Le trait marron gras, sous l'ampélite, figure le plan de charriage de la nappe de Gavarnie.
  


  Coupe géologique, plus proche de la réalité que la coupe géologique schématique ci-dessus (elle est extraite d'une publication de Andrew McCaig de l'université de Leeds, et colorée).
  Le lambeau de poussée (ou "nappe de charriage du pic de Port Vieux") est le grès rouge qui se situe au-dessus du trait marqué PPVT (son contact avec le calcaire crétacé sous-jacent). Elle est morcelée : au sommet elle constitue une "klippe", séparée
, sur l'arête sud, par un affleurement de calcaire, du morceau suivant, dont une cassure permet à l'ampélite de base de la nappe de Gavarnie de reposer directement sur la couverture du socle par le plan de chevauchement habituel marqué GT.
  A noter un écaillage du socle responsable d'un épaississement, qui a pu, avec la faille (à droite), être à l'origine de la formation du lambeau de poussée.
Il existe d'ailleurs d'autres écaillages plus petits dans le grès rouge et le calcaire crétacé.



   Vue de l'arête nord-est du pic de Port Vieux et du versant est (vallée du rio Pinara) du pic de Port Vieux, prise des abords du port Vieux (troupeau de moutons), et schéma explicatif de sa partie supérieure où est tracé (tireté rouge) le sentier qui du port Vieux monte au sommet à droite d'un couloir créé par une faille.
  
  On voit que lorsqu'on monte au sommet par ce sentier, on trouve, après avoir trouvé sous ses pas du grès rouge, puis du calcaire crétacé (la couverture du socle de la nappe de charriage de Gavarnie), on trouve à nouveau, de façon anormale, du grès rouge jusqu'au sommet.
 
  Ce grès rouge (en fait grisâtre) constitue le lambeau de poussée qui, poussé par le déplacement du nord (à droite) vers le sud de la nappe de Gavarnie, s'est lui-même déplacé dans la même direction sur son contact (marqué PPVT : Pic de Port Vieux Thrust) avec le calcaire crétacé du socle. Il s'est d'ailleurs morcelé, ce qui fait que la partie qui coiffe le sommet constitue une "klippe".

  Vue, de plus près, avec calque explicatif, vers l'ouest, depuis la vallée du rio Pinara, sur l'arête sud du pic de Port Vieux, entre le Soum de Barroude et le sommet (sur la coupe ci-dessus la mention GT permet de localiser ce cliché).

  On y voit, en bas, les schistes bleus (ou gris bleus) du socle métamorphique paléozoïque, et au-dessus sa couverture, faite de grès rouge (ou lie-de-vin) et de la couche de calcaire crétacé blanche.
  Sur celle-ci repose, au centre de l'image, de l'ampélite, séparée du calcaire par le plan de chevauchement de la nappe de Gavarnie (GT sur la coupe), et de part et d'autre, deux fragments du lambeau de poussée constitués de grès rouge (malgré leur couleur grise sur ce cliché) reposant sur son propre plan de chevauchement marqué PPVT.
  
    (photo Philippe Villette)


  Cairn du sommet du pic de Port Vieux.
  A l'arrière-plan : le pic de Barrosa

 

  Le sommet du pic de Port Vieux est coiffé d'une "klippe" qui est un morceau du lambeau de poussée, lequel, comme on le voit ici, est constitué de grès rouge. alors qu'on se situe ici au-dessus de la couche de calcaire crétacé (laquelle, dans la couverture du socle, repose partout ailleurs sur celle de grès rouge, et n'est pas surmontée par du grès rouge).

          
          VOIR AUSSI : une page consacrée au charriage en général et à ses conséquences sur les roches

   8. Le calcaire crétacé.

  Il s'agit d'un calcaire sédimentaire massif blanc, contenant des fossiles appelés rudistes, avec parfois des intercalations rougeâtres dans laquelle il est mélangé à du grès détritique ou de la limonite (oxyde de fer), déposé dans une mer peu profonde, sur une "plate-forme continentale" lorsque la mer, au milieu du Crétacé supérieur (au Santonien: -85 Ma), après une longue période d'émersion (environ 150 Ma), a envahi ("transgression") le bord nord du continent ibérique.

   La couche de ce calcaire est généralement peu épaisse (de l'ordre du mètre). Elle repose soit sur du grès rouge, soit directement sur le socle métamorphique paléozoïque, de façon discordante (sédimentation horizontale sur un substratum antérieurement plissé ou basculé et en partie érodé). Avec ou sans le grès rouge, dont la couche est souvent discontinue, elle forme la couverture du socle.
   C'est ainsi que souvent repose sur elle la couche d'ampélite basale (la "semelle") d'une la nappe de charriage (ici celle dite "de Gavarnie"), selon un contact direct, mais anormal, puisque faisant reposer un terrain ancien sur un terrain beaucoup plus récent, du fait d'un chevauchement de la nappe sur le socle proprement dit, ou sa couverture. Chevauchement qui explique son aspect parfois laminé  (voir une photo prise dans le cirque de Barrosa).

   Dans le cirque de Barroude on trouve ce calcaire surtout dans les deux sites signalés dans la section 1 (où on repère le plan de chevauchement de la nappe de chevauchement de la nappe de Gavarnie), et dans le pic de Port Vienx (section 7), où un lambeau de poussée complique sa description.

  Cette photo a été prise juste au-dessus du petit talus de grès rouge qu'on voit sur la deuxième photo de la section 1, non loin à l'est du port de Barroude.
   Les blocs rocheux blancs sont des blocs de calcaire datant du Crétacé supérieur qui forme, avec le grès rouge sous-jacent, la couverture du socle paléozoïque.
   Le plan de chevauchement de la nappe de charriage de Gavarnie passe juste au-dessus, surmonté par les ampélites (voir la deuxième photo de la section 1).

 
  A l'arrière-plan on voit l'arête sud du pic de Port Vieux descendant vers les ampélites du Soum de Barroude très émoussé. Sous l'arête affleure la couverture du socle, avec le calcaire crétacé surmontant la couche de grès rouge obliquement stratifiée
(voir la photo ci-dessous).



  Vue vers le nord, prise de la croupe entre port et Soum de Barroude (dont on voit les ampélites au premier plan), sur le versant ouest du pic de Port Vieux.

  Tout ce qui est blanc correspond à la couche de calcaire crétacé ou aux éboulis qui en sont issus. Cette couche est bien visible sur les photos de la section 7 de l'autre versant du pic.
   Ces éboulis laissent apparaitre la couche de grès rouge sous-jacente


  Photo prise des abords du sommet du pic de Port Vieux.
  

  Elle montre le haut de l'arête sud du pic presqu'au sommet (encoche visible sur la photo précédente). Au milieu de l'image la roche gris clair est une partie de la couche de calcaire crétacé à l'endroit où elle apparaît sur l'arête, près du sommet, entre deux morceaux du lambeau de poussée (l'un en avant, au premier plan, l'autre en arrière (malgré leur couleur grise en surface ils sont constitués de grès rouge)

  
  Au deuxième plan on voit l'arête à l'endroit ou elle rejoint le Soum de Barroude, lequel est prolongé par l'arête qui plus loin va jusqu'au pic Barrosa.
A l'arrière-plan : la sierra de Liena et le haut de la falaise sud du cirque de Barrosa .


            
       VOIR AUSSI :
la page de photos consacrée au calcaire crétacé

      9. Le grès rouge

  
Le grès rouge est une roche sédimentaire détritique (origine continentale) faîte de minuscules cristaux de quartz soudés par un ciment argileux contenant du fer oxydé (hématite) par une atmosophère chaude et humide (comme la latérite actuelle), ce qui lui donne sa couleur rouge (mais il peut prendre par places d'autres couleurs, pour des raisons chimiques : lie-de-vin, rose, violet, vert, jaune, etc). 
   Il est le produit de l'érosion de ce qui reste au Permo-Trias (il est difficile à dater avec précision) de la haute et large chaîne de montagne dite hercynienne érigée vers la fin du Carbonifère (autour de 330 Ma) et réduite à l'état de pénéplaine dont les faibles reliefs restent susceptibles d'être altérés, dans ce climat chaud et humide, et érodés. Ce produit a été transporté calmement par des fleuves qui le déposent sur cette pénéplaine. Ces dépôts, qui prédominent dans les dépressions de celle-ci, où ils peuvent être épais (jusqu'à une centaine de mètres), et à type de conglomérat à leur base, sont discontinus et discordants par rapport à un substratum métamorphique plissé, basculé, et partiellement érodé antérieurement (d'où une lacune stratigraphique de plusieurs dizaines de Ma). Avec le calcaire crétacé qui le surmonte il constitue souvent la couverture du socle paléozoîque, comme c'est le cas dans le cirque de Barroude.
   Le grès rouge est souvent feuilleté (d'où un débit à type de schiste) et friable, ce qui parfois lui donne un effet de couche-savon. 

  Bloc de grès rouge qui fait partie du talus qu'on voit de loin à gauche (est) du port de Barroude dans la pente de la coupe qui va du port au Soum de Barroude (voir la dernière photo de la section 1)
  
   On voit, au-dessus, un bloc de calcaire crétacé, et plus haut les ampélites de la croupe.

  Couche de grès rouge, stratifiée et fragmentée, sous le col qui sépare le pic de Port Vieux du Soum de Barroude.

  Dalles de grès rouge sur l'arête sud du pic de Port Vieux, vers 1700 m d'altitude. Ce grès rouge, stratifié, dont la couleur tire sur le gris, du moins en surface, appartient au lambeau de poussée (voir la section 7).

  Un magnifique coussin de Silène acaule orne ce grès rouge.


              VOIR AUSSI : la page de photos consacrée au grès rouge

   10. Les conglomérats

    C'est une roche sédimentaire sous forme de bancs, certains tabulaires, d'autres allongés dans le sens est-ouest, d'environ 1 m. à 1m 50 de haut, constituée d'un agrégat de débris rocheux anguleux clairs, de dimensions variées, de l'ordre de la dizaine de cm, soudés par un ciment siliceux, avec parfois du grès rouge stratifié à sa base.
    On trouve ces bancs près de la base de la pente qui descend du port de Barroude, traversés par le sentier des mines. Ils reposent sur le socle paléozoïque, ici représenté par la diorite (mise au jour par l'érosion de la région de Barroude) dont la surface est rubéfiée en raison de ce qu'on appelle une lacune stratigraphique : non recouverte par des sédiments, elle est restée à l'air libre pendant plusieurs dizaines de Ma, entre l'édification de la montagne dite hercynienne et sa destruction par l'érosion.
    C'est au Permo-Trias (autour de 250 Ma) qu'à la suite de pluies torrentielles ces bancs de conglomérat se sont constitués, des amas de débris rocheux arrachés aux reliefs ayant été brutalement charriés par l'eau sur de courtes distances (d'où leur caractère anguleux, sans signes d'usure).  

  Banc de conglomérat, proche du port de Barroude qu'on voit à l'arrière-plan, d'environ un mètre d'épaisseur, allongé dans le sens est-ouest, formé d'un agrégat de débris rocheux anguleux clairs, soudés par un ciment, reposant sur le socle paléozoïque constitué ici par de la diorite.


  Un autre banc, haut de un mètre 50, reposant (peut-être par l'intermédiaire d'une petite couche de grès rouge)) sur une surface de diorite rubéfiée par un séjour à l'air libre qui a duré plusieurs dizaines de Ma sans être recouverte par des sédiments, ce contact constituant ce qu'on appelle une "lacune stratigraphique"

  A l'arrière-plan ; le grnnd lac et la muraille de Barroude surmontée de la dent du pic Gerbats..


  Vue rapprochée sur ce banc permettant de voir qu'il est constitué de débris rocheux anguleux de diverses dimensions de l'ordre de la dizaine de cm.
   La surface rubéfiée de la diorite sous-jacente est bien visible.

       
         VOIR AUSSI : la page de photos consacrée au grès rouge

   11.  Les schistes

    Dans la haute vallée de La Gela et la partie ouest du balcon de Barroude, le socle paléozoïque est principlement constitué de schistes (au sens large) métamorphiques ardoisiers, de teinte dominante gris sombre à bleu (voir une des photos de la section 7). On y trouve aussi par endroits des micaschistes, surtout, et des migmatites (voir la section 12), et aussi des quartzites.
   
A l'origine ce sont des sédiments marins argileux, datant de l'Ordovicien (-490 à -440 Ma), ou du Cambrien
, qui ont été par la suite transformés en roches métamorphiques sous l'effet de l'augmentation de la température et de la pression, et plissées, lors de la surrection de la chaîne de montagne hercynienne autour de -330 Ma, laquelle a été, dans les quelques décennies suivantes (à la fin du Carbonifère et au Permien), rabotée, et transformée en pénéplaine, par l'érosion. .
   Lors de la formation des Pyrénées au début de l'ère tertiaire, vers -40 Ma, ces roches ont subi les effets des forces compressives à l'origine de la chaîne : rejeu de failles, écailliages, soulèvements.

  Photo prise du rebord des escarpements du Pichous de Barroude.
  
   On y voit les lacets du sentier qui monte de la vallée de La Gela vers le cirque de Barroude, sur l'un des éperons, taillés dans le schiste du socle métamorphique, qui font suite au Pichous vers le nord.
   On y voit aussi, d'ailleurs, l'ancien chemin qui, avant l'aménagement de ces lacets, remontait l'éboulis à droite, à l'aplomb du couloir qui entaille le pic de La Gela.


   Plus loin vers le nord, à droite, le socle paléozoïque est surmonté par les ampélites de la base de la nappe de Gavarnie
(voir la section 1).


  Le (ou Les ?) Pichous de Barroude (à gauche) ; le "pich" signifie l'eau qui pisse, la cascade.
 

  C'est le mur qui soutient le plateau de Barroude, dont on voit, au-dessus, le rebord encombré de gros blocs de calcaire (de la "dalle") tombés de la muraille qui le surplombe.

   Le Pichous est taillé dans les schistes qu'on voit à droite.


  Au premier plan, un bloc de schiste au bord du Grand lac de Barroude.


   Au deuxième plan, sur une éminence, le refuge qui a été détruit par un incendie en 2014.

   Au loin, l'arête nord du pic de Port Vieux (ou "Pène Male)".


  Les mines de La Gela, proches du cirque de Barroude, situées au pied du versant nord du pic de Port Vieux, entre son arête nord (pène Male) et le Port Vieux.
   Des galeries ont été creusées dans les schistes dont on voit le pendage (le plongement) de ses feuillets vers le nord (à droite).

   Des batîments ont été construits au-dessus, sur une plate-forme.

  A l'arrière-plan, de gauche à droite, see succèdent : le pic Gerbats, le pic de La Gela, la Hourquette de Chermentas, et le pic de Piau.

    12. Les migmatites

  Ce sont des roches partiellement métamorphiques, dans lesquelles sont mélangées (en grec migma = mélange ) des parties sombres (le "mélanosome") relativement riches en minéraux ferromagnésiens (comme le mica noir), réellement métamorphiques (gneiss ou schiste, qui peuvent être très déformés) et des parties claires (le "leucosome"). Elles résultent d'une fusion partielle de roches de la croûte terrestre (souvent du gneiss ou du schiste) une augmentation relativement importante de la température et de la pression (entre autres facteurs) dans les profondeurs d'une chaîne de montagne (ici la chaîne hercynienne). On parle d'anatexie : du grec anatèksis, fusion).
   Le liquide de fusion qui en résulte, et qui a une composition granitique (principalement quartz et felspath, les minéraux les plus fusibles), se rassemble en des filons ou des lentilles, gros ou petits, blancs ou légèrement orangé, de nature granitique, parallèles aux plans de foliation ou de schistosité. La partie de la roche qui reste, appauvrie en minéraux clairs, s'assombrit, surtout en bordure des filons clairs.
   On trouve ces migmatites surtout sur le plateau de Barroude, au bord du sentier du refuge, pas loin de l'emplacement de celui-ci, dans la zone des laquets.

  Migmatites à proximité d'un laquet sur le plateau de Barroude.

  Mélangés à une roche schistosée, feuilletée, marron, on voit des blocs rocheux, granitiques, clairs, de taille et de forme variables, les uns orangés (par altération des feldspaths qu'ils contiennent), d'autres blancs. 


  Dans un bloc rocheux, feuilleté, fortement déformé par un pli dans les profondeurs de la chaîne hercynienne, présence de rares petits filons de granit blanc, parallèles aux feullets de la roche originelle.

  Nomberux petits filons de granit plus ou moins clair, dans les plis d'une roche schisteuse sombre, à droite, et gros amas de granit blanchâtre, à gauche.

  Dans une roche foliée, probablement un gneiss, nombrux filons de granit, très fins, parallèles à la foliation, et un gros amas de granit blanc, également parallèle à la foliation, mais étiré, presque "boudiné".

           
         VOIR AUSSI : une page de photos consacrée au balcon et à la muraille de Barroude

   13. La diorite     
  
 
 La partie est du balcon de Barroude est occupée par un petit massif de diorite.  
   La diorite
est une roche magmatique plutonique (son équivalente volcanique est l'andésite), intermédiaire entre roches granitoïdes et basaltiques, grenue, mésocrate (claire), dure, composée essentiellement de plagioclases (feldspaths sodi-calciques) et d'amphiboles, avec un peu de biotite.
   Elle résulte d'une fusion partielle, sous l'effet d'une température élevée, parfois d'une pression basse (et peut-être d'une hydratation, qui diminue le température de fusion, ou d'un amincissement de la croûte qui les rapproche de la chaleur du manteau), de roches de la croûte terrestre, dans les profondeurs de la de la chaîne de montagne hercynienne formée vers - 330 Ma. Le liquide de fusion, plus léger que les roches encaissantes, a formé un pluton (une masse de magma plus ou moins sphérique), de faibles dimensions, qui est lentement monté dans l'épaisseur de la croûte (on parle d'intrusion) mais s'est solidifié avant d'atteindre la surface. C'est l'érosion de la chaîne hercynienne qui l'a mise au jour, dans la région, parmi les autres composantes du socle paléozoîque.
   Dans le cirque de Troumouse la diorite forme le dôme qui, sous le nom de Cot, occupe le centre du cirque.

  Vue, vers le nord, sur le plateau de diorite, depuis les ampélites noirâtres des abords du port de Barroude.
  A gauche : l'extrémité est du grand lac de Barroude (photo Philippe Vivez).

   Au loin : le pic Méchant et le pic de Bugatet.


   

   

Au centre de l'image on voit le "chemin des mines", qui, dans sa partie française, traverse le plateau de diorite, Il était vraisemblablement
utilisé pour amener dans la vallée de La Gela le minerai extrait des mines espagnoles de Liena, jusqu'à la station supérieure d'un câble aérien à l'extrémité nord du plateau (avant la mise en place du câble aérien des mines Liena en 1912).


  Dans cette image de l'ouest et du centre du cirque de Barroude les roches claires du dôme de diorite se situent en bas, à l'est du grand lac

  Des blocs de diorite vus de plus près.
   La diorite se présente sous la forme de dalles de couleur orangé. Cette couleur est sans doute liée à une altération superficielle.

  Ces dalles sont traversées par le "chemin des mines", soutenu par une murette dans un petit thalweg.

 

  A l'arrière-plan, le large port de Barroude, d'où le chemin descend.


  Le plateau, ou la croupe, de diorite vu de l'ouest.


  Par sa couleur claire il se détache sur, en avant, les pelouses du plancher du balcon de Barroude, et, en arrière, sur le pic de Port Vieux, à gauche, et le Soum de Barroude, à droite.

   Photo prise du sentier qui monte du grand replat de La Gela au balcon de Barroude.


  Elle montre, presque au milieu de l'image, l'avancée, au-dessus de la vallée de La Gela, de l'extrémité nord de la croupe de diorite,
en haut du ravin enneigé qui descend du déversoir du Grand Lac, entre la Pène male à gauche (partie basse de l'arête nord du pic de Port Vieux, et le Pichous à droite.

  Au-dessus du Pichous on aperçoit le haut de la muraille de Barroude.

  C'est sur ce promontoire qu'avait été installé, dans le passé, la station supérieure d'un câble aérien chargé de decendre le minerai extrait des mines de Liena, après la traversée du cirque de Barrosa, dans la vallée de La Gela.

 

 


  Schéma permettant de situer la diorite visuellement, dans l'ensemble des roches magmatiques, par sa composition en minéraux, exprimée en pourcentage de volume,

 

  On voit nettement que la diorite, intermédiaire entre les granitoîdes et les roches basiques (basalte, péridotite), est essentiellement composée de plagioclases, blanchâtres, et d'amphiboles (souvent de la hornblende verte) sombres, avec un peu de biotite, et un peu de quartz)

 

        
         VOIR AUSSI :  une page de photos consacrée au cirque de Troumouse, centré par un autre petit massf de diorite, le Cot, comme le montre cette coupe :

                         

   14. Le métamorphisme de contact

  C'est le métamorphisme subi par les roches sédimentaires paléozoïques encaissantes, lors de l'intrusion ascendante du pluton de diorite en fusion (à l'état de magma), sous l'effet de la forte chaleur dégagée par celui-ci.
   Il transforme ces roches en une roche appelée cornéenne, très dure, qui, à la cassure, a l'aspect de la corne, constituée de grains très fins, engrénés, qui résulte d'une recristallisation complète des roches encaissantes, avec une modification de leur structure. Des plans de discontinuité peuvent cependant persister. Cette cornéenne peut être claire ou foncée, selon les minéraux composant la roche originelle (grès, schistes, ou granite).
   Elle peut présenter une alternance de fins lits sombres et foncés. Elle peut aussi être déformée par la poussée du pluton, et injectée par lui de filons granitiques. 
  Dans le cirque de Barroude, on trouve
des roches témoignant d'un métamorphisme de contact à la périphérie du massif intrusif de diorite, sur plusieurs centaines de mètres de son bord ouest

   15. Les phénomènes glaciaires
 
Le cirque de Barroude a été creusé a l'ère quaternaire par un glacier : on y trouve une géomorphologie qui évoque cette action et permet de parler de cirque glaciaire.

  La muraille de Barroude, sous le pic Gerbats : effet de son érosion.

  Immédiatement à son pied les éboulis sont composés de débris rocheux de petit volume.
  Mais à distance de la paroi le balcon de Barroude est occupé par de gros blocs rocheux. Cela tient au fait que le calcaire de la muraille est parcouru de diaclases (des fentes) limitant des volumes relativement importants, que l'érosion par les anciens glaciers quaternaires ont détachés tels quels de la paroi, puis transportés sur une courte distance.


Vue vers l'est, prise du sommet du pic Gerbats, montrant une grande partie du cirque de Barroude.
  On y voit, de droite à gauche, la muraille de Barroude, le port de Barroude, le Soum du même nom, aplani (derrière lequel dépassent le pic Barrosa, et plus loin les puntas Suelsa et Fulsa), et le pic de Port Vieux. Très loin à droite se devine le massif du Cotiella.

  Les caractéristiques morphologiques du cirque de Barroude évoque l'action d'un glacier :
  - un cirque glaciaire, il est vrai asymétrique : roches dures à l'ouest, résistant à l'érosion (calcaire de la dalle, formation de Bouneu), friables au sud et à l'est (ampélites, grès, schistes) ;
  - un replat (ou un plateau) occupé par des lacs de surcreusement ;
  - un verrou, à gauche : le Pichous de Barroude.


  Depuis l'ancien refuge de Barroude (détruit en 2014 par un incendie) vue, de l'autre côté du grand lac, sur une belle moraine, au pied de l'extrémité sud de la muraille de Barroude, mais séparée d'elle par un petit vallon occupé par un important névé.


   On pense que cette moraine a été élaborée pendant le "petit âge glaciaire", entre le XIVe siécle et le milieu du XIXe, par un véritable glacier dont il ne reste aujourd'hui, sous le névé, qu'un résidu minuscule et inactif.
   Ce glacier était peut-être comparable (c'est une comparaison que fait Lucien Briet en 1897) à celui qui, dans le cirque de Barrosa, occupait le versant est du pic Robiñera, et où Henry Russell a vu,
en 1878, de "larges crevasses", où régnaient d'"affreuses ténèbres", donc mobile et actif.


  Cette photo n'a pas été prise dans le cirque de de Barroude, mais de l'autre côté du pic Gerbats, dans le cirque de Troumouse, plus précisément au pied de l'éperon nord-ouest de ce pic, au-dessus du "mauvais pas".
  Elle a l'avantage de montrer, sur le plancher du cirque, des arcs morainiques imbriqués, laissés par la dernière glaciation, vers - 10000 à -5000 ans.

          
        VOIR AUSSI : une page consacrée aux anciens glaciers du cirque de Barrosa

                                         *                                                                                                          

   VOIR AUSSI :

   - dans ce site, 2 pages de photos consacrées à : * l'ascension du pic Gerbats par le cirque de Troumouse ;
                                                                           * la tour de Lieussaube, dans le cirque de Troumouse.

  
   - un film (de 15 minutes) présenté par l'association "Géopatrimoine pyrénéen", intitulé "Géologie du Cirque glaciaire de Barroude, Hautes-Pyrénées", dont l'adresse est :   https://vimeo.com/78761793
     
 * un autre film, accessible sur le web, mérite d'être vu par toute personne intéressée par le cirque de Barroude, géologue ou non, bien qu'il ne traite pas de géologie, parce que c'est un beau film, réalisé par ses anciens gardiens, Eric Courgeon et Rozenn Olichon, intitulé "Barroude, un refuge de haute montagne". Il dure 1 h 06 et son adresse est :  https://vimeo.com/312045987

  - un livre, de la collection "Guides géologiques", par Yves Hervouët, Alain Péré et Dominique Rossier, "Hautes-Pyrénées", itinéraire 2; "De Piau-Engaly au Port de Barroude", pages de 46 à 67.

   
 

                                                                                                      

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   Page mise à jour le 19 décembre 2019